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Du bien-être en boîte ?

La chronique | publié le : 04.10.2016 |

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Du bien-être en boîte ?

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Recherche concept… désespérément

On cherche, on cherche… on n’est pas encore au point. Comment nommer cette aspiration des salariés à mieux vivre leur travail ?

Mes précédentes chroniques sur le bonheur au travail, la bienveillance, l’entreprise où il fait bon travailler… m’ont valu plusieurs réactions : des positives, des enthousiastes, des réservées, des divergentes… C’est normal. Les mots ne sont pas neutres, ils véhiculent implicitement des référents et s’ancrent dans des convictions ou des croyances. J’indiquais le glissement syntaxique en quelques années des mauvaises conditions de travail, devenu harcèlement, risques psychosociaux, épuisement professionnel, ennui au travail… Et celui parallèle des réponses positives : qualité de vie au travail, convivialité, équilibre vie privée-vie professionnelle, bien-être, aujourd’hui bonheur au travail. On est même passé par la Fête des entreprises avec J’aime ma boîte. Bien sûr, on peut aimer sa boîte, mais d’ici à en faire une injonction ou simplement une invitation, c’est cautionner et encourager une relation fallacieuse au détriment possible du seul salarié. Chacun sait qu’une entreprise peut atteindre des sommets d’ingratitude…

Vers un néopaternalisme ?

Pourquoi s’intéresse-t-on autant au développement personnel ? La question du bien-être est aujourd’hui récurrente, car les organisations ont de plus en plus conscience que celui-ci est un facteur de productivité dans une économie de services qui valorise l’attention, l’ouverture, l’initiative et surtout la qualité de la relation. C’est juste : bien dans son corps et dans sa tête, mieux dans son travail. D’où cette pléthore de prestations. On trouve tout dans les rayons du mieux-vivre sa vie au travail : sport, yoga, sophrologie, méditation, sieste, “zénitude” sous toutes ses formes… C’est du bien-être instrumenté, pour bien vivre dans sa vie au travail alors qu’il faudrait bien vivre sa vie au travail.

La question est : jusqu’où prendre en charge le mieux-être de ses collaborateurs ? Les phalanstères de Saint-Simon et de Fourier, le familistère de Jean-Baptiste Godin, et de nombreuses autres initiatives comme celles des coopératives n’ont malheureusement pas connu le succès espéré. Se préoccuper de la vie personnelle des salariés serait-il condamné à l’échec ? L’entreprise doit-elle prendre en charge l’intériorité de chacun ? Comment doit-elle s’intégrer dans le mouvement actuel de libération de l’affectif, de l’émotion, du désir… ?

Bien vivre son travail

La voie pour un manager, entre indifférence et intrusion, n’est pas facile. Deux choses sont sûres :

– le bien-être est essentiel : l’organisation doit créer des conditions de travail optimales et éliminer le maximum d’irritants, le manager-coach faire preuve de proximité, d’attention, de psychologie ;

– le comportement vaut mieux que la prestation. Le bien-être ne se distribue pas en boîtes, c’est un produit frais et gourmand, qui se crée et se savoure. C’est un comportement quotidien avant tout, un accompagnement personnalisé pour donner la pêche à chacun de ses collaborateurs. Le manager apporte plus qu’un supplément d’âme, il crée de l’âme au sens d’animer, il donne du cœur à l’ouvrage. Il désamorce le stress pour diffuser de l’énergie, il régénère comme dans une photosynthèse le CO2 du doute en O2 de l’enthousiasme.

La saveur avant tout

Offrons à Roland Barthes le soin de conclure cette chronique avec une magnifique citation. Le sémiologue définissait, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, la sapientia, la sagesse au sens où l’entendaient les Anciens : « Nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse et le plus de saveur possible. »

Et si c’était ça, le bien-être ?