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L’État donne un coup de pouce RH aux PME

Zoom | publié le : 05.07.2016 | Solange de Fréminville

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L’État donne un coup de pouce RH aux PME

Crédit photo Solange de Fréminville

« Dans les petites entreprises, le passage d’entrepreneur à employeur doit être accompagné. Le recrutement et la fidélisation du personnel sont des enjeux majeurs », souligne Olivier Mériaux, directeur général adjoint de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Le nouveau dispositif de conseil en RH, créé par l’État en mars 2016, vise en effet en priorité les TPE de moins de 10 salariés et les PME de moins de 50 salariés n’ayant pas de service RH ou pas de moyens financiers suffisants et, plus largement, les PME de moins de 250 salariés n’appartenant pas à un groupe. Ces entreprises peuvent faire appel à un prestataire de conseil RH référencé ; l’État prend en charge les coûts de la prestation à hauteur de 50 % maximum, plafonné à 15 000 euros HT.

« L’instruction de l’État du 8 mars 2016 concerne les entreprises de moins de 300 salariés. Mais nous avons restreint à celles de moins de 250 pour être en cohérence avec la définition des PME au sens européen, avec le plan TPE-PME du gouvernement et avec la politique contractuelle définie avec les branches », explique Véronique Garcia, chef du service mutations économiques de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) Auvergne-Rhône-Alpes. Les objectifs sont clairs : « Il s’agit de faciliter l’embauche et l’intégration dans l’entreprise, de réduire le turnover, de maintenir les salariés dans l’emploi », précise Isabelle Fieux, chargée de mission de l’Aract Rhône-Alpes et référente pour la Direccte Auvergne-Rhône-Alpes. En effet, « le développement économique de la majorité des TPE et PME est freiné par la fragilité de leurs compétences en matière de recrutement et de gestion RH », observe-t-on à la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP). Dans un contexte de grande incertitude économique, les dirigeants des PME sont confrontés à la complexité croissante de leurs obligations et de leurs responsabilités dès qu’ils doivent recruter ou gérer leur personnel, s’agissant par exemple de la conduite de l’entretien professionnel ou du compte personnel de formation. Ils font également face à des fragilités structurelles : manque de temps, faible accès à la formation… et manque d’attractivité, dû par exemple aux difficultés de compatibilité entre vie professionnelle et vie personnelle. « On sait qu’il y a des interactions entre la qualité de l’emploi, la prévention des risques, l’organisation du travail et la qualité de vie au travail », pointe Olivier Mériaux.

Aussi, la stratégie de l’État est d’avoir une approche aussi large que possible des questions de GRH pour s’adapter aux particularités de chaque entreprise. « Il s’agit d’identifier le besoin de l’entreprise, pas de plaquer un dispositif », affirme Véronique Garcia. C’est la principale différence avec l’aide à la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC), que l’aide au conseil en RH est venu remplacer.

Au plus près du terrain

Depuis 2005, ce précédent outil déployé par les services de l’État visait à introduire une méthodologie d’anticipation des besoins en recrutement et en formation pour faire face aux mutations économiques. Il bénéficiait d’un budget annuel de 10 millions d’euros. En 2013, le dispositif a été mobilisé au profit du contrat de génération, qui favorise le maintien dans l’emploi des seniors, l’embauche de jeunes et la transmission des compétences des premiers vers les seconds. « Il a été peu sollicité et peu consommé dans ce cadre. Ce n’était pas assez attractif », commente Olivier Mériaux. Le reliquat de budget est tombé dans l’escarcelle du nouveau dispositif de conseil en RH. « L’aide à la GPEC était plutôt destinée aux entreprises de plus grande taille, et elle poursuivait un objectif connu a priori, juge Valérie Sort, déléguée veille stratégique et relations institutionnelles d’Agefos-PME. Le conseil en RH répond mieux aux attentes des PME. C’est un outil plus pragmatique, plus adapté sur le fond et moins ambitieux sur la forme. » Le nouveau dispositif est souple. Il peut être mobilisé pour quelques jours et jusqu’à 30 jours, et s’articuler avec les prestations proposées par les différents partenaires. Il se veut également au plus près du terrain. Selon la DGEFP, le cabinet conseil chargé de la prestation a pour mission « d’accompagner dans l’action », après un diagnostic rapide, et d’apporter des solutions directement opérationnelles. La thématique est très large : recrutement, intégration de la GRH à la stratégie de l’entreprise, professionnalisation du dirigeant ou encore mise en place d’un groupement d’employeurs…

Favoriser les Actions interentreprises

L’enveloppe annuelle consacrée à ce nouveau dispositif se limite à 10 millions d’euros. Une capacité d’intervention modeste, qui incite les pouvoirs publics à favoriser les actions interentreprises, bénéfiques en termes d’échanges et d’appropriation des bonnes pratiques, mais aussi moins coûteuses que l’accompagnement individuel. Ce petit budget obligera également à faire un tri rigoureux parmi les candidats. Les services de l’État ont pour mission de repérer « les entreprises en développement ou potentiellement en difficultés », indique la DGEFP. Enfin, c’est une incitation au cofinancement. « Il est pertinent que les Opca et les Direccte se mettent d’accord pour accompagner les PME les plus fragiles ou celles pour qui cette aide vient sécuriser le projet de développement économique », plaide Valérie Sort. Comme pour d’autres dispositifs, il sera possible de mobiliser des cofinancements en provenance du Fonds social européen, des Opca, des collectivités régionales, et de combiner le conseil en RH avec des dispositifs complémentaires.

Dans cette optique, il est probable que la sélection des prestataires sera plus exigeante et restrictive. Selon Isabelle Fieux, « nous demanderons aux cabinets de conseil en RH des références en termes d’accompagnement d’actions collectives, de connaissance des dispositifs publics, et une couverture suffisante de la région pour que toutes les entreprises du territoire y aient accès ».

Un dispositif enfin opérationnel

Les entreprises peuvent dès à présent déposer leur demande de financement auprès des Direccte. Les cabinets conseil sont référencés avec l’aide des Aract qui vont animer le réseau. Leur liste est publiée sur les sites Web des Direccte et des agences du réseau Anact.

Pour la sélection des dossiers de demandes de financement, la stratégie est double : « L’idée est de s’appuyer sur des intermédiaires, en particulier sur les Opca, afin de favoriser les démarches collectives intégrant plusieurs entreprises », indique Véronique Garcia. Il s’agit également de donner la priorité aux entreprises de moins de 10 ou de 50 salariés, en combinant les financements et les dispositifs pour limiter au minimum la part payée par chaque PME bénéficiant de l’accompagnement d’un cabinet conseil en RH.

Auteur

  • Solange de Fréminville