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Réforme de la formation : Une nouvelle dynamique pour la VAE collective ?

L’enquête | publié le : 05.07.2016 | L.G.

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Réforme de la formation : Une nouvelle dynamique pour la VAE collective ?

Crédit photo L.G.

Les validations des acquis de l’expérience (VAE) pilotées collectivement par des entreprises sont efficaces et intéressantes pour les salariés comme pour leurs employeurs. « Obtenir un diplôme par la VAE peut ouvrir la voie à une progression de carrière dans l’entreprise », affirme Diana Moldovan, responsable RH de Sarel, filiale alsacienne de Schneider. « Recruter un salarié diplômé par la VAE à un poste ouvert en interne est tout à fait envisageable : ce serait même un avantage », confirme Guillaume Monsallier, directeur du centre de distribution Lyreco, en Mayenne. Un avis également partagé par Françoise Schoenberger, directrice des relations sociales à L’Oréal France, pour laquelle « le programme de VAE est une manière de promouvoir nos salariés plus anciens et de récompenser leur fidélité ». À la Clinique du Pré, au Mans, la promotion-valorisation de la VAE est si volontariste qu’elle se traduit par l’engagement de la direction à « augmenter de 80 à 100 euros brut par mois les agents de stérilisation qui recevront leur diplôme par ce biais », explique Karine Luong, directrice des ressources humaines.

Et pourtant, depuis cinq ans, la VAE – individuelle ou dite collective – s’essouffle. De 51 002 en 2010, le nombre de candidats présentés à la VAE dans les différents ministères certificateurs est passé à 42 693 en 2014, selon la Dares(1). Hormis cette baisse, la VAE reste très stable dans sa structure : les femmes (73 %) et les personnes occupant un emploi (70 %) restent majoritaires parmi les candidats à une certification ministérielle. La moitié des candidats se concentre toujours sur une dizaine de certifications (principalement dans le domaine des affaires sociales et de l’éducation) ; et 70 % d’entre eux visent un titre de niveau bac ou CAP-BEP, une proportion stable par rapport à 2012.

Recul des financements “entreprise”

L’évolution des financements de l’accompagnement en VAE témoigne aussi du recul. À défaut de chiffres nationaux, le cas de l’académie de Créteil, « première académie depuis 2001 en termes de candidats », selon Jacques Chéritel, délégué académique à la formation professionnelle initiale et continue, est éclairant : la part “entreprises” dans les financements de l’accompagnement VAE y a chuté de 20 % en 2012 à 16 % en 2015, et le nombre de dossiers a dégringolé de 341 à 261. En comparaison, sur la même période, le poids des autres financeurs de l’accompagnement en VAE est resté stable : conseil régional (43 %-45 %), Fongecif (23 %), Opca (10 %-12 %), individuels (4 %).

Ce recul des financements d’entreprises est dommageable, car, depuis très longtemps, le constat est établi que la réussite d’une VAE passe par l’accompagnement : plus l’entreprise aide, finance, soutient, encourage… plus la réussite est au rendez-vous.

L’impact de l’accompagnement se vérifie d’ailleurs dans les chiffres de l’académie de Créteil. En 2015, sur 1 900 candidats, 73 % se sont vu délivrer leur diplôme en totalité, mais 90 % voire 100 % de ceux ayant bénéficié d’un accompagnement du centre académique de validation des acquis, le plus souvent financé par l’employeur.

Reconnaissance et valorisation

Comment redonner un nouvel élan à la VAE ? Face à cette question, Clotilde Valter, secrétaire d’État à la Formation professionnelle, fait aussitôt le lien avec la réforme de la formation en cours depuis deux ans, et connecte la VAE à la politique de l’entreprise : « L’entretien professionnel né de la loi du 5 mars 2014 est un moment privilégié pour échanger sur la VAE, répond-elle. Côté entreprise, la VAE collective, à l’initiative des organisations syndicales ou des directions, permet d’accroître le niveau de qualification des salariés et d’accompagner les mobilités tout en améliorant la qualité du dialogue social. Côté salariés, elle favorise la reconnaissance et la valorisation personnelle et professionnelle et bénéficie de l’effet dynamique du groupe. » Et la secrétaire d’État de conclure que « des dispositions du projet de loi Travail sont de nature à stimuler ce type d’initiatives, en introduisant l’information sur la VAE dans le cadre de l’entretien professionnel, ou encore en permettant aux personnes de conserver le bénéfice de l’acquisition d’une certification partielle de façon définitive ».

De leur côté, les partenaires sociaux lancent actuellement une action autour de la certification CléA(2), socle des compétences de base, et sa possible obtention par la VAE. « Lancé au niveau national en janvier 2016, le certificat CléA a rencontré un écho très ? favorable, affirment Christian Janin, président (CFDT) du Copanef, et Florence Poivey, vice-présidente (Medef). À la fin mai 2016, près de 4 500 salariés ou demandeurs d’emploi ont évalué leurs, et 452 voient leur dossier soumis à un jury pour obtenir leur certificat. C’est très encourageant, mais nous devons mieux faire. Les outils sont en place, des plaquettes d’information sont disponibles, le site Internet est opérationnel, un clip pédagogique est en ligne… Nous comptons aujourd’hui sur tous nos partenaires et sur les différents réseaux concernés par l’emploi-formation pour démultiplier l’information auprès des entreprises, des salariés et des demandeurs d’emploi. »

Une VAE sur les compétences de base pourrait être un bon marchepied à de futures validations.

L’avis de l’expert : Christine Dufrenne coordinatrice de la vae de l’académie de Créteil
« La VAE apporte davantage que tout ou partie d’un diplôme »

« En 2012, 1 659 diplômés par la VAE ont répondu à une enquête sur les répercussions de la démarche. Les résultats ne confirment pas les a priori néfastes à la VAE, et montrent, au contraire, les bienfaits et avantages qu’elle procure à l’individu et à son entreprise. Aujourd’hui, entrer dans un parcours de VAE révèle aussi de nouvelles compétences. Apprendre à se distancier de son expérience et à la formaliser permet de mieux comprendre son propre fonctionnement, de mieux valoriser ses compétences lors d’un entretien d’embauche, d’un entretien professionnel, bref, de savoir mieux “se vendre”.

91 % des salariés diplômés par la VAE sont restés fidèles à leur entreprise, et 15 % ont changé d’emploi ; 25 % estiment que le diplôme les a rendus plus mobiles, y compris pour retrouver un emploi ailleurs ; la traditionnelle réponse des employeurs ne souhaitant pas impulser la VAE au sein de leur entreprise au risque de voir partir leurs employés n’est donc pas confirmée.

D’ailleurs, sur le plan professionnel, la reconnaissance des compétences a pu aller jusqu’à une augmentation de salaire pour 20 % d’entre eux, de nouvelles missions, pour 20 % aussi, et de la promotion pour 10 %. S’agissant de la possibilité de retrouver un emploi, 20 % ont coché cet item. Il est à noter que 25 % des candidats et des diplômés sont des demandeur d’emploi, et que 37 % des réponses ont émané de demandeurs d’emploi.

Autres constats : la VAE a déclenché une appétence au savoir certaine, au travers d’une reprise d’études ou d’une accessibilité à un concours pour 1 candidat sur 5. Et, sur les items les plus choisis pour qualifier les répercussions de la VAE, quatre sont du registre personnel : satisfaction à 82 % ; reconnaissance de leurs compétences à 65 % ; reprise de confiance en eux à 60 % ; meilleure image d’eux-mêmes à 51 % ; reconnaissance au sein de la cellule familiale à 31 %.

Au passage, il est important de casser deux idées reçues. La première serait que les candidats ayant les plus bas niveaux de qualification et visant des diplômes moins élevés connaîtraient des taux de réussite moindres à la VAE : c’est faux. 76 % des candidats visant un CAP se sont vu délivrer leur diplôme en totalité, contre 73 % de ceux visant un BTS.

La seconde idée reçue concerne l’idée “de parcours du combattant” et de la longueur du processus. Il faut rappeler que la VAE permet d’obtenir un diplôme grâce à un travail personnel dix fois moins long que celui d’une formation : 88 % des validés ont mis entre six mois et un an pour réaliser leur parcours ».

Les recommandations du Copanef

Le 2 février dernier, les partenaires sociaux, réunis en comité interprofessionnel pour l’emploi et la formation (Copanef), ont fait des recommandations pour développer la VAE, en déclinaison de l’article 48 de l’accord national interprofessionnel du 14 décembre 2013, sur proposition du comité observatoires et certifications (COC). Certaines sont intégrées dans le projet de loi Travail.

1 Autoriser les certificateurs publics et paritaires à définir les principes et les modalités de mise en œuvre de la VAE pour leurs propres certifications, en vue de mieux prendre en considération les types d’emplois accessibles par les titulaires de certains de ces diplômes et titres à finalité professionnelle (délivrés au nom des ministères et certificateurs publics) et des CQP ou CQPI (délivrés au nom des certificateurs paritaires). Par exemple, la durée minimale d’expérience requise pour la recevabilité, l’intensité du lien entre l’activité antérieure et la certification visée, etc.

2 Mettre en place par accord de branche un accompagnement VAE renforcé et personnalisé au bénéfice de certains publics : les jeunes, les actifs sur les métiers en déclin, en reconversion quel que soit leur niveau de qualification, etc.

3 Assouplir la notion de « rapport direct avec le contenu de la certification », vérifié lors de l’étape de recevabilité, et ce quel que soit le type de certification concernée (y compris pour ces certificateurs privés et non paritaires, disposant de certifications enregistrées au RNCP).

4 Développer les passerelles entre les certifications, y compris entre les certifications relevant de différents certificateurs :

– Deux formes de certifications partielles (blocs de compétences et unités capitalisables) sont désormais susceptibles de coexister.

– Établir un langage commun débouchant sur une nomenclature partagée des blocs de compétences pour favoriser une plus grande lisibilité des certifications.

5 Articuler les services rendus dans le cadre des démarches « accueil, information, orientation » (AIO) et CEP, d’une part, et la perspective d’engagement dans la VAE, d’autre parta : et généraliser le renseignement du passeport d’orientation, de formation et de compétences (mentionné à l’art. L. 6223-8 du Code du travail), lors de démarches AIO et CEP, afin de favoriser un engagement ultérieur de la personne qui le souhaite dans la VAE.

L. G.

(1) Étude Dares n° 28 de juin 2016.

www.certificat-clea.fr/plateforme.html

Auteur

  • L.G.