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Pour dire non, la minute de courage

La chronique | publié le : 05.07.2016 |

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Pour dire non, la minute de courage

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Un manager montre du courage

et il en inspire. Très bien. Maintenant, quand vous devez refuser une demande, désapprouver un comportement, dire non, sanctionner, faire refaire un travail, témoigner d’un dysfonctionnement… c’est stressant. Vous savez que cela ne fera pas plaisir. Et, naturellement, vous craignez les réactions de votre interlocuteur. Va-t-il se mettre d’accord sur votre désaccord ou exploser d’un seul coup et vous battre froid pendant plusieurs semaines ? Vous n’êtes pas à l’aise. Comme le dit Montaigne : « Qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu’il craint. »

Sur le papier, vous savez qu’il faut sortir de sa zone de confort, se mettre en risque personnellement, oser dire votre différend parce que : mots absents, maux futurs. Mais comment faire ?

Faire preuve de courage, c’est d’abord décider d’y aller.

C’est renoncer aux autres possibles, le laisser-faire, le plus souvent : choisir, c’est se passer du reste ! Simple à dire, mais pas facile du tout à faire : trop d’analyse paralyse*. L’usage du bon sens en contexte tendu est très aléatoire. Une situation d’urgence stimule plus souvent la dimension comportementale que les considérations rationnelles. Si le temps l’autorise, un diagnostic partagé et une décision prise ensemble (donc comprise) faciliteront la mise en œuvre. Faute de temps de réflexion, le processus sera directif. Le terme “trancher” prend toute sa valeur métaphorique. Comme me l’avait confié un DG : « Pour décider, il faut être un nombre impair. Et comme trois, c’est déjà beaucoup… »

C’est, ensuite, dire les choses.

Une déclaration de désaccord n’est pas une déclaration de guerre, une divergence n’est pas une insoumission ! Il est important de bien dire les choses : choisir le bon moment, respirer profondément avant de se lancer (on ne manage pas en apnée !), trouver les mots justes, présenter les choses en positif… Le dialogue prend toute son importance pour comprendre les comportements des uns et des autres (y compris le sien propre !) et pour décoder les filtres personnels, les interactions, les normes collectives… Et, s’il y a confrontation, c’est tant mieux, car elle contribuera à poser les problèmes et à exprimer les points de vue. L’assertivité est ici bonne conseillère : c’est la capacité à s’exprimer et à défendre ses idées en respectant celles des autres. C’est l’art, lorsqu’on a un message difficile à exprimer, de le faire sans passivité mais aussi sans agressivité. Ni hérisson, ni paillasson !

C’est enfin agir.

Ce n’est ni ignorer l’événement (« Courage fuyons ! ») ni l’attendre stoïquement, mais l’anticiper et l’affronter. Jules Renard nous prévient : « Le véritable courage consiste à être courageux précisément quand on ne l’est pas. » Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la volonté de la vaincre. Rien de plus démotivant qu’un manager qui parle plus qu’il n’agit. Certains “mous du genou” ont d’ailleurs adopté l’adage corse : « Entre le dire et le faire, il y a la mer ! » Et, pour garder l’analogie de la mer, il faut plonger. L’acte de courage dure une minute, le temps de plonger dans un environnement qu’on pressent, peut-être pas hostile, mais en tout cas inconfortable. Exactement comme quand on se baigne en Bretagne Nord. Il faut entrer dans l’eau et endurer une minute difficile ; mais ensuite, on sera fier de s’être mouillé et prêt à découvrir tout un océan de possibles !

Le courage :

de la volonté, du tact et du sang-froid. Une vertu à pratiquer plus souvent pour aller de l’avant et donner confiance. Goethe nous y exhorte : « Perte d’argent, perte légère ; perte d’honneur, grosse perte ; perte de courage, perte irréparable. »

* Lire la chronique du n° 1258 d’Entreprise & Carrières : “Décider de décider”.