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Du côté de la recherche

Chronique | publié le : 05.01.2016 | Denis Monneuse

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Du côté de la recherche

Crédit photo Denis Monneuse

Comment lutter contre les stéréotypes dans l’entreprise ? Dire à l’ensemble des collaborateurs qu’ils ont tendance à porter un regard biaisé sur autrui est généralement contre-productif. Il n’est guère agréable de s’entendre dire que l’on verse dans le racisme ou dans l’âgisme, par exemple. Une telle campagne de sensibilisation risque plus de provoquer un retour de bâton qu’une évolution des comportements.

Pour éviter cette déconvenue, le discours répandu actuellement par de nombreux directeurs (et directrices) de la diversité consiste à déculpabiliser sur le mode : « Entretenir des stéréotypes est le lot de tout le monde. C’est un phénomène universel contre lequel nous devons tous lutter, moi le premier. » Un tel message est-il plus efficace que le premier ?

Non, répondent Michelle Duguid et Melissa Thomas-Hunt, professeurs, respectivement, à l’université de Saint-Louis et à celle de Virginie aux États-Unis(1). Trois expériences les conduisent en effet à pointer les effets pervers de ce type de discours. À chaque fois, un groupe s’entend dire avant un exercice que tout le monde verse dans le stéréotype, et un autre groupe ne reçoit aucun message particulier. Résultat : le groupe qui a reçu le message censé limiter les discriminations fait systématiquement plus appel aux stéréotypes dans les exercices qu’on lui demande.

D’où vient cet effet pervers ? Les deux auteurs font tout d’abord l’hypothèse que le principe de normalisation joue. L’être humain a tendance à se conformer à la norme d’un groupe. Puisqu’on nous dit que les stéréotypes sont fort répandus, nous les diffusons encore plus. En outre, ce type de message peut susciter des réactions hostiles. Un homme à qui l’on dit que tout le monde a des préjugés sexistes tend à se montrer plus agressif face à une femme qui ne correspond précisément pas aux stéréotypes. Car elle remet en cause, en quelque sorte, le jugement porté par la gent masculine. Enfin, si l’on nous dit que tout le monde a en tête des stéréotypes, cela peut induire l’idée que ceux-ci ne sont pas si faux, que nos pairs ont de bonnes raisons de penser de la sorte.

Pour lutter contre les stéréotypes, la meilleure solution ne serait-elle pas, alors, de se taire ou bien, tout simplement, de faire passer le message (erroné) selon lequel les stéréotypes seraient peu répandus ? Difficile d’adopter un tel comportement : le laisser-faire revient au fatalisme, et la posture consistant à prêcher le faux pour faire entendre le vrai est difficile à tenir sans perdre toute crédibilité ou tomber dans la schizophrénie. Que faire ? Les auteurs préconisent de diffuser des messages d’encouragement positifs, du style : « Tout le monde tente de surmonter ses préjugés. » Par souci de conformisme, les participants à ces expériences qui entendent un tel message ont tendance à rejoindre la norme, donc à se méfier des préjugés.

Conclusion : mieux vaut faire passer comme message ce dont on rêve, en espérant que la prophétie devienne autoréalisatrice, que ce que l’on déplore, et que l’on risque alors d’accentuer !

1) Michelle Duguid et Melissa Thomas-Hunt, « Condoning stereotyping ? How awareness of stereotyping prevalence impacts expression of stereotypes », Journal of Applied Psychology, vol. 100, n° 2, 2015.

Auteur

  • Denis Monneuse