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ALLEMAGNE : LES BANQUIERS DE LA COMMERZBANK FONT LEUR COMING OUT

Sur le terrain | International | publié le : 10.03.2015 | Marion Leo

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ALLEMAGNE : LES BANQUIERS DE LA COMMERZBANK FONT LEUR COMING OUT

Crédit photo Marion Leo

Christian D. Weis, expert marketing en charge des PME au siège de la Commerzbank à Francfort, se souvient du jour où il a fait son coming out. Il avait 16 ans, il venait de débuter une formation professionnelle à la Commerzbank. « Je suis allé voir notre instructeur qui vivait ouvertement son homosexualité. Cela m’impressionnait beaucoup. Je me suis confié à lui, puis j’en ai parlé à mes parents. Ce fut un moment très important dans ma vie. » Aujourd’hui, il est porte-parole du réseau Arco, destiné aux salarié(e)s lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels de la Commerzbank. Avec 505 membres, c’est le plus grand réseau interne de ce genre en Allemagne. « Notre objectif est de favoriser la création d’un environnement où chacun puisse travailler l’esprit libre, indépendamment de son orientation sexuelle, et sans avoir à se cacher. » Il est fier de travailler dans une banque qui non seulement a fait figurer très tôt, dès 2001, parmi ses priorités, la lutte contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, mais qui a aussi pris des mesures concrètes pour y parvenir.

Un site internet

Première action : la banque a apporté son soutien à la création du réseau Arco en 2002, initiée par des salariés. « Le soutien est venu de très haut, du directoire », se souvient Christian D. Weis. Objectif : permettre aux salariés homosexuels, travaillant dans des agences réparties dans tout le pays, d’échanger sur leurs expériences. « Au début, nous étions 35 et nous communiquions par e-mail. Mais cela a vite posé des problèmes d’ordre pratique. » Le réseau a alors créé un site Internet en 2006, indépendant de la banque, qui peut être consulté à toute heure par les membres, de façon anonyme ou ouverte. « Nous avons déjà abordé 4 800 thèmes et enregistré 53 000 contributions. » Outre cette communication virtuelle, le réseau organise, à intervalles réguliers, des tables rondes dans différentes régions. « La dernière était consacrée au thème de l’adoption. Une collègue, qui avait adopté un enfant avec sa compagne, nous a parlé de son expérience. »

L’Arco organise également une fois par an un congrès national, qui a lieu le week-end pour permettre à chacun de s’y rendre en toute discrétion. La banque prend à sa charge les frais de congrès et de séjour de ses salariés. « Nous sommes toujours accueillis par un membre du directoire soit personnellement, soit sous forme de message vidéo. »

Mesure inédite, la banque propose depuis peu des ateliers de coming out, destinés à aider les salariés homosexuels indécis à franchir le pas. « Il s’agit bien sûr d’une décision très personnelle. Mais que je recommande vivement de prendre. Les salariés qui dissimulent leur orientation sexuelle sont souvent obligés de mentir et parfois même de mener une double vie. Ils y consacrent 20 % à 30 % de leur énergie au travail. C’est mauvais pour le salarié, mais aussi pour l’entreprise », explique Christian D. Weis, citant l’exemple d’un homme ayant noté dans un tableau Excel ses mensonges aux uns et aux autres.

Anonymat préservé

Les ateliers ont lieu à l’extérieur de l’entreprise pour préserver l’anonymat des 15 participants. Ils sont menés par des coachs externes, homosexuels ou hétérosexuels, et réunissent des gens ayant fait leur coming out ou souhaitant le faire. « Ces ateliers sont extraordinaires et donnent lieu à des moments très émouvants. » Selon lui, la plupart de ces salariés passent à l’acte entre 40 et 60 ans et leurs réactions sont identiques : « Ils regrettent tous de ne pas l’avoir fait plus tôt ».

Outre ces ateliers, la Commerzbank offre les mêmes droits aux couples mariés et pacsés (retraite d’entreprise, avantages sociaux). « Quand un salarié se marie, il a droit à un jour de congé, qu’il soit hétéro ou homosexuel », précise Christian D. Weiss. Enfin, dernière mesure : les salariés qui souhaitent devenir cadres doivent tous suivre des formations spécifiques, consacrées notamment à la lutte contre l’homophobie.

DANS LES MÉDIAS

SÜDDEUTSCHE ZEITUNG UNE LOI POUR L’EGALITE SALARIALE

À travail égal, salaire égal, la revendication de longue date du mouvement féministe et de nombreux syndicats n’a toujours pas abouti. En Allemagne, l’écart de salaires entre hommes et femmes s’élève à 22 %. C’est pourquoi Manuela Schwesig, ministre allemande des Femmes, prépare une « loi sur l’égalité salariale [qui obligera] les départements RH à donner une vue d’ensemble sur les salaires versés dans l’entreprise. […] Mais la loi risque de donner naissance à « un monstre bureaucratique ». 3 mars 2015, Süddeutsche Zeitung, quotidien de centre-gauche.

HANDELSBLATT LUTTE CONTRE LE HARCELEMENT SEXUEL

L’Agence fédérale de lutte contre les discriminations se déclare préoccupée par la méconnaissance apparemment largement répandue du thème du « harcèlement sexuel sur le lieu de travail ». Elle a publié un sondage montrant que les droits garantis par la loi sont souvent ignorés et que 70 % des salariés ne savent pas qui contacter au sein de l’entreprise. Or 49 % des femmes et 56 % des hommes interrogés ont déclaré avoir déjà vécu ou observé des cas de harcèlement sexuel, définis comme tels dans la loi. 3 mars 2015, Handelsblatt, quotidien économique.

Auteur

  • Marion Leo