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Italie : Rome passe à la flexisécurité

Sur le terrain | International | publié le : 10.02.2015 | Anne Le Nir

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Italie : Rome passe à la flexisécurité

Crédit photo Anne Le Nir

« Je ne voudrais pas passer pour un optimiste inguérissable, mais, grâce au Jobs Act, je vais embaucher, dès ce mois-ci, 4 % de ma force de travail sous contrat à durée indéterminée à protection croissante », se réjouit un entrepreneur de la Vénétie, Luciano Miotto. Également vice-président du siège de la Confindustria (Medef italien) dans cette région du nord-est du pays, Luciano Miotto est Pdg de l’entreprise Imesa, qui produit des lave-linge industriels et emploie une centaine d’ouvriers. « En parfait accord avec notre responsable des RH, précise-t-il, je suis convaincu que ce nouveau CDI est adapté à la demande des employeurs et aux jeunes qui souhaitent un emploi stable. »

Le contrat de travail à protection croissante est un des points clés de la réforme du marché du travail réalisée par le gouvernement Renzi (centre gauche). D’inspiration libérale, cette réforme baptisée Jobs Act, adoptée par le Parlement le 3 décembre, se fonde sur le principe de la flexisécurité. Elle introduit pour les nouveaux recrutés un contrat unique à durée indéterminée, qui prévoit des protections accrues en fonction de l’ancienneté acquise.

Colère des syndicats

Concrètement, durant les trois premières années d’embauche, pour chaque nouveau recruté en CDI, les employeurs bénéficieront d’un allégement des charges salariales plafonné à 8 060 euros par an. Et ils pourront licencier plus facilement. Pour cela – et c’est un des autres piliers du Jobs Act – l’article 18 du Code du travail, datant de 1971 et s’appliquant aux entreprises de plus de 15 personnes, a été presque entièrement abrogé. Ce qui a d’ailleurs suscité la colère des syndicats pour qui cet article, qui permettait à un salarié d’être réintégré dans l’entreprise si son licenciement était jugé sans juste cause, demeure un totem. Par ailleurs, selon Susanna Camusso, secrétaire générale de la CGIL, principale centrale syndicale du pays*, le nouveau CDI à protection croissante ne serait qu’une belle opération de marketing car, soutient-elle, « il est équivalent à un contrat précaire ».

Indemnité selon l’ancienneté

De fait, à la grande satisfaction du patronat, les entreprises auront plus de liberté de licenciements individuel ou collectif (à l’exclusion des raisons discriminatoires pour lesquelles l’article 18 reste en vigueur). Pour les nouveaux embauchés sous CDI à protection croissante, il suffira de leur verser une indemnité d’un minimum de 4 mois de salaire à un maximum de 24 mois, en fonction de l’ancienneté. La nouvelle réforme prévoit également que l’entreprise puisse modifier le poste du salarié dans le cadre d’une réorganisation ou d’une restructuration, à condition que son salaire soit maintenu. « Ce qui me permet enfin de recruter en CDI un nouveau magasinier pour mon supermarché, ce sont les réductions des charges, certainement pas les facilités de licenciement, car je n’ai pas l’intention de licencier au bout de trois ans », assure Arnaud de Montalembert, gérant à Rome d’une enseigne française franchisée.

Pour divers experts, il serait cependant illusoire de penser que Jobs Act puisse avoir des effets très significatifs : « Pour s’agrandir, une entreprise a besoin de bien d’autres choses », estime Sergio de Nardis, directeur du département économique de l’institut Nomisma. « Si l’on tient compte du taux de chômeurs avant la crise – 6,1 % de la population active en 2007 – et de l’actuel – 13,2 % –, on constate que le vrai problème de l’emploi est lié à la faiblesse de l’économie italienne, à l’absence d’investissements, à la chute de la consommation domestique et au ralentissement des exportations. Il faudrait une inversion des politiques monétaires et fiscales fondées sur l’austérité. » Mais, en Italie, cela est impossible, en tout cas, à court terme, en raison de l’obligation du respect du pacte de stabilité.

* La CGIL (Confédération générale italienne du travail, gauche) revendique plus de 5 millions d’adhérents.

DANS LES MÉDIAS

ADNKRONOS.COM Du bénévolat proposé aux chômeurs

À partir de ce mois de février, les travailleurs qui bénéficient d’une indemnité de chômage peuvent volontairement effectuer un travail d’utilité sociale, en faveur des citoyens. Selon le décret ministériel adopté fin 2014, les travailleurs bénévoles seront assurés par l’Inail (Institut national d’assurance contre les accidents du travail). Ils œuvreront essentiellement dans les domaines suivants : l’entretien et la protection des biens paysagers, les services d’assistance sociale et sociosanitaire et le secteur de l’Éducation. Il s’agit de la première expérience du genre en Italie. 28 janvier 2015, Adnkronos.com, site de l’agence de presse du même nom.

Auteur

  • Anne Le Nir