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L’OCCITANE : UNE PREMIÈRE EXPÉRIENCE AU BILAN MITIGÉ

L’enquête | publié le : 10.02.2015 | É. S.

Crédit photo

Des gorges de l’Ardèche aux contreforts du Lubéron, 200 km séparent les deux sites de production de L’Occitane, celui de Lagorce (intégré au groupe avec le rachat de Melvita en 2008), et celui de Manosque. Aussi, quand la direction du groupe cosmétique décide de regrouper les équipes R & D et NPD (New Product Development) au sein de son centre d’innovation, à Manosque, la question du transfert des salariés est vite posée. « La direction nous a exposé ses projets, quels services allaient être concernés ; cela a été le déclic pour négocier, raconte Yvan Paul, délégué syndical central FO. Il fallait que l’on trouve un accord pour protéger les personnes et faire en sorte que les mobilités se réalisent dans de bonnes conditions. »

ENTRETIENS DE SUIVI

L’accord de mobilité interne, signé par la CFE-CGC et FO en février 2014, – qui couvre aussi d’éventuelles mobilités avec le site de Paris, où sont localisées, entre autres, les activités marketing et digital –, prévoit un certain nombre de mesures d’accompagnement des mutations géographiques : visite préalable du site d’accueil, congé et prise en charge des frais de déménagement, indemnité de double résidence de 6 000 euros, prime de mobilité de 4 000 euros par salarié et de 900 euros par personne à charge, désignation d’un parrain chargé de guider le salarié dans la découverte de la région… Mais l’accent est également mis sur l’accompagnement au nouveau poste de travail, avec notamment l’obligation, pour les managers d’origine et d’accueil, de recevoir le salarié en entretien, la désignation d’un tuteur et la mise en place d’entretiens de suivi avec la RH, dans les mois suivants la mobilité. Une période d’adaptation de quatre mois est également prévue, au cours de laquelle le salarié peut revenir sur sa décision. Auquel cas, précise le texte, « le salarié sera considéré comme ayant refusé la proposition de mobilité et son licenciement individuel pour motif économique pourra dès lors être envisagé », si la phase de reclassement interne se révèle infructueuse.

« Notre volonté est de maintenir, de développer l’emploi et de préserver les compétences en interne, pas de faire un plan de départs déguisé, insiste le DRH, Julien Schmidt. C’est pourquoi les mesures d’accompagnement externes sont volontairement limitées : il n’y a pas de chèque de départ, les budgets formation ne dépassent pas 1 500 euros, le congé de reclassement dure six mois maximum et dix mois pour les plus de 45 ans. Nous ne favorisons pas les ruptures. »

C’est pourtant la crainte de la CFDT, non signataire de l’accord : « Sans lui, les mobilités se seraient faites sur la base du volontariat. Signer l’accord revenait pour nous à signer pour licencier des gens », tranche la déléguée syndicale Fatima Hedahdia.

Finalement, sur la quinzaine de personnes des services R & D et NPD, trois ont accepté la mobilité géographique vers Manosque. « Le processus de réflexion a été long, il s’est écoulé six mois entre la signature de l’accord et la fin des transferts. Trois personnes qui avaient accepté ont finalement changé d’avis avant ou pendant la période d’adaptation, dont deux pour suivre un projet personnel d’expatriation », indique Julien Schmidt. Un délai pendant lequel se sont succédé réunions collectives et entretiens individuels avec les salariés, ce qui a permis à l’entreprise « d’anticiper le remplacement des salariés qui refusaient le transfert, poursuit le DRH. Nous avons pu publier les annonces d’emploi en amont et éviter ainsi de désorganiser les services ».

TRANSPARENT ET OBJECTIF

S’il concède que le bilan quantitatif est « moyen », Julien Schmidt affirme cependant que « la réussite est totale du point de vue du climat social. L’accord offre aux salariés un cadre transparent et objectif, et nous permet de porter d’une même voix, avec les syndicats signataires, la nécessité d’effectuer ces transformations ». Sans le texte, explique-t-il, « nous aurions opéré les transferts individuellement, ce qui aurait été plus compliqué et plus conflictuel. Nous n’aurions pas pu gérer les refus avec la même sécurité juridique. Et, avec les syndicats, nous serions retombés dans des débats sur le motif économique des licenciements ». Lesquels n’ont donc pas été évités : au final, onze personnes ont quitté l’entreprise, et deux ont été reclassées sur leur site d’origine, à Lagorce.

REPÈRES

Activité

Fabrication et commercialisation de produits cosmétiques.

Effectif France

1300 salariés.

Chiffre d’affaires monde

1,055 milliard d’euros.

Auteur

  • É. S.