DES INDICATEURS CONSTRUITS PAR LE DIALOGUE SOCIAL

En juillet 2013, Renault signait un accord-cadre mondial sur la RSE avec Industri’All Global Union et le comité de groupe, dans la continuité de l’adoption d’une déclaration des droits sociaux fondamentaux en octobre 2004. L’accord décline des engagements sur le respect des droits sociaux fondamentaux, la responsabilité vis-à-vis des salariés et de la société, les relations avec les fournisseurs et les sous-traitants, la protection environnementale et la mobilité durable. Rien de révolutionnaire. Mais « il y a eu une volonté, tant du côté de la direction que des syndicats, de ne pas se contenter d’une somme de bonnes intentions et de rendre utiles ces engagements pour la bonne marche de l’entreprise », affirme Éric Vidal, secrétaire adjoint du comité de groupe de Renault (CFE-CGC).

Concomitance Grenelle-accord

« Au départ, il n’y avait pas de lien entre l’entrée en vigueur des dispositions du Grenelle de l’environnement et notre accord. Mais leur concomitance a été pour nous une opportunité : nous avons décidé d’utiliser le travail réalisé pour le Grenelle au service de l’accord mondial, et ainsi de mieux cibler nos indicateurs de suivi et de leur donner du sens », rapporte Tristan Lormeau, directeur des ressources et compétences groupe de Renault. D’autant que, selon lui, les informa- tions auditées et certifiées, auront encore plus de poids et de crédibilité que celles qui sont présentées en commission de suivi d’un accord.

Renault disposait déjà d’indicateurs sociaux dans son document de référence, et le groupe s’est appuyé sur les 42 items définis par le décret de la loi Grenelle 2 et les quelque 130 indicateurs de la GRI (Global reporting initiative) pour construire des indicateurs qui aient du sens en France et à l’international. Pendant près d’un an, un comité restreint de 11 membres, issus du comité de groupe de 40 membres, s’est réuni une journée par mois. « In fine, nous sommes parvenus à en retenir 60, indique Éric Vidal. Et parfois, nous sommes même descendus jusqu’au niveau de l’établissement, ce qui rend les indicateurs plus opérationnels. »

Un travail de longue haleine a été réalisé par des équipes d’experts métier et relations sociales internationales. « Nous avons enrichi notre référentiel avec des indicateurs RH complémentaires », explique Tristan Lormeau. Par exemple, sur le sujet de l’emploi, la loi mentionne le nombre de personnes titulaires d’un contrat de travail en fin d’année civile, le nombre de contrats intérimaires ou équivalent, les ruptures de contrat de travail à l’initiative de l’employeur, le nombre total d’heures de formation réalisées par les collaborateurs. « Nous avons ajouté une dimension qualitative en mentionnant le nombre de salariés ayant bénéficié d’entretiens d’évaluation, le montant des frais de personnel du groupe et un ratio de rémunération femmes-hommes », précise-t-il.

Écarts de calcul

En matière de santé-sécurité, Renault a depuis longtemps détecté des écarts de calcul entre les pays. Et le groupe a travaillé sur ce sujet et décidé d’identifier clairement le ratio d’accidents du travail (AT) avec soins hors de l’entreprise, le ratio d’accidents avec soins et arrêt de travail et le nombre de jours perdus du fait des AT. Les maladies professionnelles ne sont pas non plus faciles à comparer au niveau international : la notion même et leur reconnaissance ne se font pas sur les mêmes bases. « Nous avons des difficultés de mesure, et nous le disons aux partenaires sociaux, affirme Tristan Lormeau, mais nous avons la volonté de travailler sur ce thème. Nous nous reconnaissons un droit au progrès. »

Autre sujet difficile à homogénéiser, l’absentéisme. Exemple cité par l’entreprise : un salarié détaché appartient aux effectifs de son usine d’origine mais travaille dans une autre usine, son absentéisme est-il imputé à son usine de destination ou à son usine d’origine ? « Certaines de nos entités avaient des réponses différentes. » Même problème avec la formation, en Asie, où les stages sont la première modalité de formation alors qu’en France, ils ne sont pas considérés comme entrant dans son champ. Autant de points soulevés qui renforcent l’intérêt d’Éric Vidal pour cette démarche : « Les discussions menées ont permis de comprendre la diversité des approches des pays sur de nombreux sujets, mais aussi de repérer des bonnes pratiques », indique-t-il.

RENAULT

• Activité : constructeur automobile.

• Effectif : 121 817 collaborateurs dans 36 pays.

• Chiffre d’affaires 2013 : 40,9 milliards d’euros.