« Le CV anonyme n’est pas adapté à la promotion de la diversité »
Image

E & C : Dans une décision du 9 juillet, le Conseil d’État donne six mois – sans astreinte – au gouvernement pour prendre les décrets d’application sur le CV anonyme, obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés depuis la loi du 31 mars 2006. Êtes-vous surpris par cette décision ?

A. G. : Je savais que SOS Racisme avait engagé une procédure, mais je ne m’attendais pas à une telle décision, car, pour moi, le sujet était enterré.

E & C : Êtes-vous favorable au CV anonyme ?

A. G. : Je l’ai été mais je ne le suis plus. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les entreprises sont prêtes à aller vers des actions positives, par exemple chercher un candidat issu d’une banlieue difficile. Or le CV anonyme est un filtre égalisateur qui ne permet pas cela. En outre, les entreprises ont changé depuis 2006, date du vote de la loi. La France sortait des émeutes, et nous constations un énorme problème de discrimination; les entreprises avaient besoin d’outils. C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai mis en place le CV anonyme dans mon cabinet de recrutement. Depuis, les entreprises ont signé la Charte de la diversité, ont sensibilisé les acteurs du recrutement, ont mis en place des méthodes centrées sur les compétences… Je pense même qu’elles se sont améliorées : je peux aujourd’hui placer des seniors qui auraient été refusés il y a quelques années.

E & C : Votre opposition à la généralisation du CV anonyme ne tient-elle pas aussi au fait qu’il alourdit les procédures et les coûts de recrutement ?

A. G. : Non. Il y a des moyens d’automatiser l’anonymisation; c’est d’ailleurs ce que nous avions fait dans le cabinet, et je peux témoigner que l’argument technique ne tient pas. La vraie raison est que le CV anonyme n’est pas adapté à la promotion de la diversité, qui est, à mon sens, un cran au-dessus de la recherche de l’égalité.

E & C : Que préconisez-vous ?

A. G. : Le CV anonyme doit rester un outil parmi d’autres. Je pense aussi que les pouvoirs publics devraient prendre en charge une grande évaluation des discriminations, car il manque actuellement une photographie de la situation.

* Également auteur du Recrutement. Enjeux, outils, meilleures pratiques et nouveaux standards, éditions Eyrolles, avril 2013.