« Un trou d’air menace la réforme de la formation »
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E & C : Le 20 mai, la FFP a adressé un courrier alarmiste à Manuel Valls estimant qu’un “trou d’air” menace la réforme de la formation. À quoi faites-vous allusion ?

J. W. : Au fait que, faute d’une mise en œuvre rapide et lisible des outils de la réforme de la formation, nous sommes aujourd’hui face à un risque de trou d’air qui nuira à la réussite de ladite réforme, voire endommagera durablement le système de formation professionnelle. C’est pourquoi, nous, organismes privés de formation, appelons à la prise de conscience et à une mobilisation générale. Sans volonté politique au plus haut niveau de l’État, le potentiel de cette réforme ne sera jamais concrétisé.

E & C : Que souhaitez-vous?

J. W. : Redonner une ambition politique à cette réforme par des objectifs partagés. Comme : franchir le cap des 50 % de salariés bénéficiant d’une formation au moins une fois dans l’année, avec une vigilance accrue sur les ouvriers et employés et les salariés des PME réduire de huit à trois mois maximum le délai moyen d’entrée des demandeurs d’emploi en formation et consentir un effort particulier à l’égard des seniors (45 ans et plus) qui sont les plus exposés aux transitions professionnelles et au besoin d’adaptation et de transmission de leurs compétences.

Plus globalement, nous estimons qu’il faut promouvoir une vision moderne et exigeante de la formation, en adoptant une définition élargie de l’action de formation adaptée aux innovations pédagogiques et numériques. L’État, les collectivités et les partenaires sociaux doivent s’engager résolument dans une large campagne de promotion et d’explication des nouveaux outils à la disposition des entreprises et des salariés, compte personnel de formation et entretien professionnel en tête. Et, enfin, il nous semble fondamental d’ouvrir résolument le nouveau CPF aux formations aux compétences transverses, indispensables aux mobilités et à l’employabilité.

E & C : Pourquoi, selon vous, les jeunes risquent-ils de devenir les « grands oubliés de la réforme » ?

J. W. : Parce que certaines décisions mettent gravement en danger l’avenir de l’alternance. Il faut revaloriser son image et revenir sur les récentes mesures relatives à la gestion de la taxe d’apprentissage, qui rompent le lien entre entreprises et structures de formation.