LES SENIORS PÉNALISÉS PAR LA PÉNIBILITÉ

Dans son rapport de recherche(1) “Départs en retraite et travaux pénibles”, Gérard Lasfargues, professeur de médecine du travail, analyse les connaissances scientifiques sur le travail et les risques à long terme pour la santé. Certains « travaux pénibles » sont susceptibles d’entraîner des effets à long terme, irréversibles, sur la santé, affirme-t-il. Et de citer: les travaux en horaires alternants ou de nuit, les travaux à la chaîne ou sous cadence imposée, les travaux de manutention et, plus globalement, la pénibilité physique du travail, ou encore des expositions professionnelles à des agents toxiques cancérogènes.

Les conséquences sur la santé sont mesurables, suivant les situations, en termes d’augmentation de morbi-mortalité, de diminution de l’espérance de vie sans incapacité, et de vieillissement prématuré notamment. « Cette pénibilité objective devrait être considérée de façon prioritaire dans l’hypothèse de compensations à apporter à des sujets en fin de vie active et soumis durablement à ce type de travaux pénibles dans leur parcours professionnel », conclut Gérard Lasfargues.

Santé dégradée

Selon l’enquête santé et itinéraire professionnel de 2007(2), les personnes de 50 à 59 ans, durablement exposées à des pénibilités physiques, sont moins souvent en bonne santé: 24 % se déclarent limitées dans leurs activités quotidiennes du fait d’un problème de santé contre 17 % des autres seniors. Elles sont moins souvent en emploi après 50 ans, notamment après un cumul de pénibilités physiques: 68 % des personnes exposées au moins à une d’entre elles et 62 % de celles exposées à au moins trois sont en emploi après 50 ans, contre 75 % de celles qui n’ont pas été exposées ou qui l’ont été moins de quinze ans.

Les ouvriers sont la catégorie socioprofessionnelle la plus exposée aux différentes pénibilités physiques : 58 % d’entre eux ont connu au moins une pénibilité physique pendant quinze ans ou plus ; 16 % d’entre eux ont été confrontés au travail de nuit; 22 % à un travail répétitif; 40 % à un travail physiquement exigeant et 21 % à des produits nocifs ou toxiques.

Dans une étude sur “la santé au travail des salariés de plus de 50 ans”(3), Anne-Françoise Molinié rapporte que les demandes de changement ou d’aménagement de poste, les restrictions d’aptitude ou les inaptitudes temporaires concernent 15 % des salariés de 50-51 ans et jusqu’à 20 % des hommes de 56-57 ans de l’échantillon interrogé (11 200 salariés de 50 ans ou plus interrogés par des médecins du travail).

(1) Rapport de recherche, Centre d’études de l’emploi, avril 2005.

(2) Dares Étude n° 20, mars 2011, Thomas Coutrot, Corinne Rouxel.

(3) Données sociales, 2006.