“MOI, ANTHONY, OUVRIER D’AUJOURD’HUI”
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Anthony, il le reconnaît lui-même, n’était pas un “kassos” (cas social) : ses parents avaient fait des études et avaient de bons emplois, mais la pression à la réussite scolaire et la nécessité de s’orienter alors qu’il ne savait pas ce qu’il voulait faire l’ont conduit, comme 150 000 autres élèves chaque année, à décrocher du système scolaire. De petits jobs en intérim puis une formation en alternance abandonnée, Anthony atterrit à l’usine avec pour consolation la ritournelle des collègues : « tu verras on s’habitue », à laquelle il ne s’est pas habitué.

Anthony explique très bien que le problème n’est pas tant le travail que les conditions de travail et, plus précisément, les relations avec la hiérarchie. Travailler dur, d’accord ! Être traité en esclave, interdit de parler au voisin, engueulé au moindre prétexte, non ! Ce parcours de prolétarisation le conduit à renouer avec la condition d’ouvrier de son grand-père en début de carrière, alors que ses propres parents avaient accédé aux classes moyennes. Mais c’est un parcours d’ouvrier sans rapport avec l’image d’Épinal : pas au sein d’entreprises industrielles de grande taille à côté de cohortes d’ouvriers qui font le même travail, mais le plus souvent au sein de PME ou de TPE de la logistique, seul avec son chariot, à décharger et recharger à longueur de journées des camions. Travail qu’il organise librement dans une certaine mesure, mais au prix d’une responsabilisation parfois lourde et d’un ennui opaque. Son espoir ? Reprendre des études, bien sûr, pour que sa vie de cariste ne soit pas dès 27 ans toute tracée !

Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui

Anonyme, Seuil, 80 pages, 5,90 euros.