Mépris ou nouveau monde ?
Image

Nous sommes accrochés à nos smartphones. Cela tient-il de l’addiction ou est-ce une nouvelle forme d’efficacité ? Un peu des deux sans doute, mais cela vaut la peine d’approfondir.

Imaginez une conversation professionnelle entre deux collègues, et l’un d’eux se met tranquillement à lire ses messages sur son téléphone et à y répondre, alors même qu’il a son interlocuteur en face de lui. Ils se connaissent peut-être bien, me direz-vous, ce n’est pas bien grave. Mais le plus curieux est que l’individu en question agira de la même façon devant un nouveau client, en réunion avec des top managers, ou dans un dîner en ville. C’est devenu une seconde nature, un réflexe, la personne ne se rend même plus compte qu’elle quitte le champ de l’échange et se focalise ostensiblement sur son monde à elle, dans un incroyable mépris des règles de base de la politesse et du respect d’autrui. J’ai vu en réunion des prestataires payés par leur client répondre à leurs mails pendant la discussion. Je serais le client, je trouve que c’est cher payé pour des messages qui ne me concernent même pas !

C’est clair, nous sommes “accros”. Il semble que nous soyons devenus particulièrement dépendants des notifications et messages qui nous arrivent. Au point de ne plus être capables d’être présents aux autres. Le mobile, nouveau “doudou” de nos contemporains, paraît-il. Les sociologues d’entreprise évoquent le besoin de se rassurer en étant au courant de tout, la peur de passer à côté de quelque chose de majeur, le sentiment de survie… Homme ou femme, on vit le syndrome de la Belle au bois dormant en version moderne. En scrutant notre précieux fil d’actualité, une part de nous espère inconsciemment une sorte de miracle. On attend quelque chose venu de l’extérieur pour réenchanter notre vie. Le Prince ­charmant va-t-il arriver et soudain nous délivrer en transformant notre quotidien ? Effectivement, cela vaut la peine de surveiller son écran.

Mais pour rester objectif, il faut explorer également l’autre facette de cette réalité complexe. Nous sommes dans un monde qui change rapidement, notre esprit essaie de s’adapter en embrassant le maximum de sujets. Ce que l’on perd sans doute en profondeur et concentration, on le gagne en largeur de spectre : chaque personne aujourd’hui est en lien avec une multitude d’autres, les questions que l’on explore sont innombrables, les nouvelles d’un jour parcourent le monde en quelques instants, la magie d’Internet et de ses rencontres improbables n’a pas fini de nous subjuguer. Nous sommes en train d’acquérir une pensée planétaire. Celle-ci est encore un peu limitée par notre égoïsme, mais nous sommes en chemin. C’est le temps de saisir les liens de cause à effet et le rôle de chacun dans ces dynamiques d’ensemble. En économie, biologie, énergie, écologie, recherche, dans presque tous les domaines, l’être humain est en train à la fois d’apprendre l’interdépendance et de réaliser qu’il est fragile, vulnérable.

C’est urgent, car l’accélération du monde requiert une accélération des transformations, en soi et autour de soi. Maintenant, pas dans 150 ans. Les réseaux sociaux et les plates-formes de partage n’en sont qu’à leur début. L’open innovation, les nouveaux usages de l’économie collaborative et les modèles de business solidaires et durables font partie de cette révolution en marche. Tout le défi est de contribuer activement à ce monde meilleur… tout en restant respectueux et présent à l’autre, en commençant par celui qui est en face de soi. Sommes-nous capables de cet équilibre ?