« Tous les syndicats signent des accords de compétitivité »
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E & C : Dans une étude parue la semaine dernière, vous analysez la pratique de la négociation par les syndicats en entreprise, que vous comparez au discours des leaders des cinq confédérations sur la question générale de la négociation (lire Entreprise & Carrières n° 1157). Y a-t-il des écarts entre ce que fait la base et ce que dit le sommet ?

P. W. : Dans notre précédente étude, nous remarquions que c’était le leader de la CFTC qui recourait le plus au champ lexical du dialogue et le moins à celui du conflit, à l’inverse du leader de FO. Entre ces deux extrêmes, le leader de la CFE-CGC démontrait une forte appétence au dialogue, devant ceux de la CFDT et de la CGT. La propension à signer des syndicats d’entreprise – c’est-à-dire la proportion d’accords signés là où ils sont présents, calculée par le ministère du Travail – place en tête, en 2012, les syndicats CFDT (94 % d’accords signés), devant ceux de la CFE-CGC (92 %), de la CFTC et de FO (90 %) et de la CGT (85 %). Ces chiffres ne reflètent pas la volonté de signer des syndicats, puisqu’ils ne prennent pas en compte les accords n’ayant pas abouti. On constate donc d’abord une forte propension à signer de tous les syndicats, qui nuance, sur le terrain, le clivage entre contestataires et réformistes. D’autre part, c’est FO qui connaît l’écart le plus important entre le discours contestataire de son leader et les pratiques réformistes de ses syndicats sur le terrain.

E & C : Vous avez également comparé le positionnement des confédérations sur l’accord national relatif à la compétitivité et la signature d’accords d’entreprise sur la compétitivité.

P. W. : Nous avons constitué un panel de 14 accords d’entreprise relatifs à l’adaptation aux réalités économiques (Dunlop, Plastic Omnium Composites…) et regardé qui les a signés, pour obtenir ce que nous avons appelé un « taux de signature en temps de crise ». On constate alors qu’en temps de crise, tous les syndicats signent des accords de compétitivité. Les syndicats CFE-CGC arrivent en tête devant ceux de la CFDT et FO. Les syndicats CFTC signent le moins d’accords de compétitivité ; ils sont même devancés par ceux de la CGT. Les plus forts écarts apparaissent donc chez FO, dont le discours national sur l’ANI est en contradiction avec la pratique des syndicats d’entreprise. Situation inverse à la CFTC, où le positionnement de la confédération en faveur de l’ANI contredit le faible engagement de ses syndicats d’entreprise en temps de crise.