« Les nouveaux leaders syndicaux ont repris les discours de leurs aînés »
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E & C : Vous venez de publier une analyse lexicographique des discours des leaders des cinq confédérations. Dans quel but ?

P. d. V. : En deux ans, quatre des cinq confédérations, FO exceptée, ont renouvelé leur direction. Nous avons voulu savoir si ces changements de leaders ont entraîné un repositionnement du discours des syndicats. Pour cela, nous avons relevé les occurrences de mots ou de registres lexicaux relatifs à l’entreprise, l’État, le patronat, la conflictualité, la négociation… dans des discours des cinq leaders syndicaux.

E & C : Que constatez-vous ?

P. d. V. : Qu’ils ont repris les discours de leurs aînés. Sans surprise, FO utilise dix fois moins le mot “entreprise” que la CFE-CGC et cinq fois plus le registre lexical de l’État. Pour autant, l’entreprise n’est pas absente des discours de FO ni de la CGT, qui parlent souvent de “patron” et de “patronat”, devenus désuets, sinon péjoratifs, ce que ne font pas ou peu la CFE-CGC et la CFDT.

La CGT utilise onze fois plus le champ lexical du conflit que la CFE-CGC. C’est la CFTC qui recourt le plus au champ lexical du dialogue, loin devant la CFE-CGC, la CGT et la CFDT. À noter que, pour tous les syndicats, le champ du dialogue est nettement plus utilisé que celui du conflit, comme s’il y avait un glissement général du second vers le premier. C’est sans doute la seule nouveauté.

E & C : La distinction entre contestataires et réformistes est-elle pertinente ?

P. d. V. : Oui, et elle correspond à la distinction habituelle, si l’on admet que les réformistes se réfèrent au dialogue, à l’avenir et à l’entreprise, et les contestataires au conflit et aux droits acquis.

E & C : Pourtant, les syndicats CGT et FO signent respectivement 85 % et 90 % des accords d’entreprise lorsqu’ils sont présents.

Leurs secrétaires généraux ne sont-ils pas déphasés par rapport à leur base ?

P. d. V. : À mon sens, cette statistique du ministère du Travail ne reflète pas l’attitude de la CGT et de FO pendant les négociations qui n’aboutissent pas.

Ce sera l’objet d’une étude que nous publierons fin septembre.