“LES PATRONS DES PATRONS”
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Si, d’un point de vue strictement arithmétique, le Medef ne représente pas le patronat, s’il est de plus un mille-feuille de fédérations et de confédérations aux intérêts souvent divergents, il n’en reste pas moins que, d’un point de vue symbolique et médiatique, il donne une voix aux patrons. À défaut d’être représentatif, il le représente, c’est-à-dire qu’il doit une partie de sa force au crédit que lui apportent pouvoirs publics, syndicats et médias, qui ont, à des titres divers, besoin d’un interlocuteur.

L’acronyme Medef évoque encore pour le commun des mortels un univers de puissance et d’argent fermé sur lui-même comme un cocon, alors que le changement de nom de l’organisation patronale en 1998 était censé représenter un nouvel ancrage de l’organisation dans la modernité et la mondialisation. Mais si le Medef a bien changé sa représentation du capitalisme, s’il est devenu la voix d’un néolibéralisme décomplexé, dépoussiéré, il reste une terra incognita protégeant jalousement son entre-soi et ses secrets.

Michel Offerlé, professeur à l’ENS et chercheur au centre Maurice-Halbwachs, à partir d’une étude de terrain portant sur plus de cent entretiens de patrons et de responsables du Medef, lève le voile sur le rôle économique, social, politique et sociétal de l’organisation et sur le travail incessant d’ajustement entre les différents patronats, moins unis que son discours unifiant le proclame. La question qui court tout au long de l’ouvrage est celle de savoir quel pouvoir a au fond le Medef et qui le détient en son sein.

Les Patrons des patrons

Michel Offerlé, Odile Jacob, 368 pages, 29,90 euros.