« Le RF doit développer sa communication et le marketing de sa fonction »
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E & C : Les responsables formation se sentent-ils menacés ?

S. D. : C’est la crise, et la formation, comme toutes les fonctions corporate la subissent. L’emploi s’y restreint, l’inquiétude s’y développe, l’employabilité peut y être difficile. Mais cette inquiétude pousse à l’innovation et crée une véritable volonté de s’interroger sur l’avenir de la fonction face aux avis prédisant la fin des RF, voire des RH. La question que se posent les RF est donc : que faire pour être utile et efficace ?

E & C : Précisément, comment améliorer cette efficacité ?

S. D. : Par une recherche sur l’innovation pédagogique permettant de développer l’appétence des salariés pour la formation. Par exemple, la construction d’une web TV d’échange de savoirs qui coûte peu, voire rien. Mais cela passe aussi par un positionnement plus proche de l’exploitation que de l’expertise comptable traditionnelle. Le RF doit développer sa communication et faire le marketing de son apport à la collectivité. Il se rapprochera ainsi de la stratégie et de la DG. Davantage que le coût, les vrais freins à la formation sont culturels : « À quoi ça sert ? », se demandent les bénéficiaires s’ils n’en voient pas l’utilité immédiate. Le RF doit tout faire pour qu’ils ne se posent plus cette question et qu’ils y trouvent un sens.

E & C : Dans cette situation, le financement est-il le problème majeur ?

S. D. : Le financement est à optimiser, mais pas plus qu’avant, il a toujours été tendu. La bonne stratégie est de se trouver une réelle visibilité, en cherchant d’autres modalités pédagogiques, même non imputables, mais utiles. Si elles le sont, les DG n’y trouvent rien à redire. Que dois-je mettre dans les formations ? Qu’est-ce que je recherche au fond ? Quel est le besoin de savoir, plus que de formation ? Voilà les questions. C’est du marketing en lien avec la stratégie et une analyse forte et fine des besoins.

E & C : Comment les responsables formation ont-ils digéré la dernière réforme et comment appréhendent-ils la prochaine, annoncée pour la fin de l’année ?

S. D. : La dernière réforme a été marquée par la création du DIF et la logique d’individualisation qui l’anime. Le DIF a parfois été un projet d’entreprise fondé sur l’adhésion des salariés, mais pas partout. Le futur compte personnel de formation semble dans cette continuité. Problème : comment ça marche ? Qu’est-ce que ça veut dire pour l’entreprise ? Qui va payer ? Installer une réforme demande du temps, or, l’entreprise a besoin de cadre stable. Si, à l’occasion de la prochaine réforme, le pouvoir politique décide de la création d’un impôt formation financé en partie par l’entreprise, c’est son choix légitime de gouvernant. Mais l’entreprise, elle, doit continuer à pouvoir se transformer en termes individuels et collectifs. Nous avons besoin d’une vraie négociation non clôturée avant de commencer. Elle est nécessaire, car, autour de l’individualisation, il faudra des agrégateurs de sens et de parcours.

E & C : Le Garf compte-il peser dans ces négociations ?

S. D. : Nous apporterons des idées et des analyses. Il existe beaucoup de choses passionnantes à construire à l’occasion d’une remise à plat totale du système. Mais, dans un premier temps, il vaut mieux ne rien changer avant de savoir où l’on va. Un mauvais système est préférable à une absence de système. C’est pourquoi je ne suis pas favorable à retirer le 0,9 % aujourd’hui, sans un débat très poussé sur ce que cela implique et sur ce qui pourrait créer d’autres dynamiques : on ne peut pas laisser la responsabilité de l’employabilité à l’individu ! La fin d’une obligation de financement ne peut s’envisager que si une obligation de résultat et/ou de mise à disposition d’opportunités de formation leur sont substitué.