L’ANALYSE FINE DES BESOINS, UN ENJEU MAJEUR

« Le responsable formation a deux problèmes principaux, résume le RF d’un constructeur automobile. Premièrement, l’analyse des besoins. Dans un contexte d’entreprise de transformations technologiques majeures et d’incertitude totale des marchés, l’anticipation est un exercice quasi impossible, d’autant plus que le management est totalement mobilisé au quotidien par le pilotage du business. Le second problème, ce sont les financements. Dans les branches d’activité connaissant des difficultés, les fonds distribués deviennent la portion congrue. De plus, les prélèvements du FPSPP et la priorité donnée aux PME et TPE amplifient le phénomène pour les grands groupes. Et enfin, les créations successives de différentes modalités de financement rendent le système extrêmement compliqué. »

L’analyse des besoins est un problème important, confirme un responsable formation du secteur de la distribution : « Il faut être de plus en plus discriminant. Sur les achats, il faut se professionnaliser davantage, car il y a énormément d’acteurs, on trouve de tout, à tous les prix. Certains n’ont pas de limite, ils vous disent même : ça vous sera remboursé par l’Opca, donc allez-y. »

Besoin de bras dans les ateliers

Le manque d’écoute du management en période de crise est pour lui une autre gêne importante, car « les managers ont besoin de bras dans l’atelier ». « Cela peut poser la question de ce qu’on fera, à terme, des formateurs internes dont on n’aurait plus besoin. L’éloignement de la DRH est parfois une difficulté. Les DRH sont dans une logique de gestion des effectifs et des relations sociales à mener en cas de PSE. La formation n’est pas, pour eux, un sujet prioritaire. Les business plans se succèdent en cours d’année, m’obligeant à revoir le contenu du plan de formation dont on était convenus avec les représentants des sala ? riés. Il faut être agile et changer son fusil d’épaule en cours de route. »

« Tous les éléments évoqués sont aujourd’hui des problèmes réels du fait d’un recentrage sur le business, déclare un RF du secteur de la distribution. Vendre, certes, mais vendre mieux pour vendre plus, telle est la motivation de la formation. Mais cette belle idée ne fait pas le poids lorsqu’il s’agit de soustraire les commerciaux du terrain pour les former. L’urgence, une nouvelle fois, fait oublier le possible retour sur investissement de la formation. »

Complexité croissante

Au-delà des questions d’analyse des besoins et de financement, une responsable formation du secteur bancaire estime que le problème principal est la complexité croissante de la fonction : « Cette complexité provient du cumul des réformes de la législation et des financements qui changent les relations avec l’Opca, de l’arrivée de nouveaux modes d’apprentissage, pour lesquels des compétences informatiques sont nécessaires, et des exigences divergentes des différents acteurs. Le RF est passé en dix ans d’une approche collective – le séminaire comme forme unique – à une approche individualisée multiple – le parcours. Les modes d’apprentissage se sont diversifiés – entre e-learning, séminaire, tutorat et serious game – pour répondre au plus juste à un besoin, en prenant en compte toutes les sources de connaissances – Internet, forum, Facebook… C’est forcément complexe. »

Pour autant, ces mêmes RF trouvent des éléments positifs dans leur situation actuelle. « Le RF est de mieux en mieux intégré dans la fonction RH avec la GPEC, l’apprentissage… », assure cette RF du secteur bancaire. « La crise fait apparaître des difficultés que le service formation, par sa vision d’ensemble et son analyse fine des processus, avait déjà décelées, mais qui pouvaient sembler secondaires. Aujourd’hui, nos préconisations bénéficient d’une écoute plus attentive et participent à la définition des priorités », déclare le RF du secteur de la distribution.

La formation au cœur des préoccupations

« Cela peut paraître paradoxal par rapport aux problèmes évoqués, conclut le responsable formation d’un constructeur automobile, mais ce qui ne pose plus problème aujourd’hui est la prise de conscience et l’intégration de la formation professionnelle dans les politiques de développement de compétences d’entreprise. La généralisation des démarches de GPEC, dans certains cas renforcée par la signature d’accords, a permis de remettre la formation au centre des préoccupations. » Un avis, il est vrai, très lié à la taille de l’entreprise.