LA PRESSION MONTE

« L’humeur est sereine, et je ne sens aucune menace. Notre force, c’est la maîtrise des aspects législatifs et du financement. » Une seule responsable formation d’une PME de haute technologie a fait une réponse aussi positive, avouant néanmoins comme faiblesse « la communication interne sur la formation ».

Les autres témoignent plus souvent d’une pression et d’un malaise. « Notre force réside dans un système proactif, reconnu comme un acteur stratégique majeur de l’entreprise ; notre principale faiblesse réside dans des délais de réponse qui deviennent incompatibles avec la construction d’actions de formation pertinentes et efficaces, assure la responsable formation d’un grand groupe industriel. Mais la véritable menace est l’évolution rapide de la situation économique qui impose des changements de cap parfois brutaux. Les mutations rapides de procédures, de pratiques et l’absence de formalisation des processus, par manque de temps, ne nous permettent pas de construire des parcours efficaces et consolidés, s’inscrivant dans la durée afin d’ancrer les compétences. L’efficacité de la formation s’en ressent, d’autant qu’elle n’est pas forcément considérée comme prioritaire lorsqu’il s’agit de réduire les budgets et de se concentrer sur la génération de chiffre d’affaires. »

« Dans un contexte de crise, la formation professionnelle est en pleine contradiction entre des attentes fortes des entreprises pour accompagner leur transformation et des restrictions de ressources très contraignantes, confirme un RF d’une ETI industrielle. Nous avons à porter ce paradoxe, source de déstabilisation. Cette contradiction illustre à la fois la force des RF, acteurs majeurs des évolutions des entreprises, et leur faiblesse par la diminution de leurs moyens. »

Ajustement budgétaire

Un responsable formation d’une entreprise de distribution confirme ces constats : « La crise nous expose à une pression constante sur les coûts. Je passe mon temps à compter des petits pois, à forecaster et à reforcaster, c’est-à-dire à faire des ajustements budgétaires pour adapter les dépenses prévues aux nouveaux plans stratégiques. Nous devenons des contrôleurs de gestion, cela nous oblige à devenir plus créatifs. Aujourd’hui, la direction me demande de démontrer que les 100 euros investis seront efficaces. »

Quant au responsable formation d’une grande société industrielle, il opine, tout en nuançant le propos : « Les RF ne sont pas menacés. Mais ils ne sont plus considérés comme des professeurs Nimbus pouvant développer des plans de formation linéaires, à deux ou trois ans. Notre plan tourne autour de 3,5 % de la masse salariale. Ce taux ne sera pas maintenu éternellement. Je dois trouver d’autres moyens en interne, par le tutorat et par le management des compétences des salariés du terrain. Je dois aussi faire plus de ciblage. Dans des entreprises comme la nôtre, les gens ont presque trop de formations ! Dans de petites équipes, les managers ont besoin d’avoir tout le monde avec eux, car le business est dur. Ils nous demandent de ne pas déséquilibrer leur organisation. »

Conduite de projet

Un point de vue synthétisé par une “Garfiste”, responsable formation du secteur bancaire : « Si le RF est un administratif qui gère des inscriptions et des stages, on peut se poser la question de son utilité. S’il sait se recentrer sur ses compétences en conduite de projet pour accompagner en amont les axes stratégiques de l’entreprise et en aval les collaborateurs en individualisant les parcours de formation, il trouvera des opportunités. Dans ce contexte, il doit travailler la démarche de conseil, d’assembleur et d’architecte… Il est condamné à innover ! »

Dans ce concert unanime, un avis diverge, celui d’un RF œuvrant également dans le secteur bancaire : « Ces questions ne posent plus problème. S’il existe une menace, elle pèse sur l’ingénierie pédagogique. Les tâches d’ingénierie, de réalisation, d’accompagnement des stagiaires peuvent être captées par les animations Powerpoint des opérationnels, si l’entreprise leur laisse prendre en charge les aspects créatifs de la formation. » Ce serait, selon lui, la fin des responsables formation, tout le monde pouvant jouer ce rôle.