« Le débordement du travail vers le domicile est devenu courant »
Image

E & C : Vous présentez, à l’occasion d’un colloque organisé le 11 janvier prochain, les résultats d’une étude sur le temps de travail des cadres. Quels en sont les enseignements ?

L. M. : Ce qui est frappant, c’est la différenciation forte, qu’il s’agisse de la charge de travail, de l’autonomie ou des équilibres de vie, entre les cadres qui managent des équipes et les cadres experts, puis, au sein de la catégorie des cadres managers, entre le vécu des hommes et des femmes lorsqu’il y a des responsabilités familiales.

Ainsi, le débordement du travail vers le domicile est devenu courant pour deux tiers des cadres. Mais les encadrants sont davantage concernés, avec des écarts de l’ordre de 10 points. Par ailleurs, à cette deuxième journée de travail s’en ajoute une troisième, pour les femmes managers qui ont des enfants et assurent auprès d’eux une présence plus forte que les hommes. D’ailleurs, ce sont elles qui sont le moins satisfaites de leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Et elles sont surreprésentées parmi les 9 % de cadres qui cumulent une durée de travail élevée, l’impossibilité de prendre des jours de congés et des temps familiaux inexistants. Ceux, en fait, qui sont proches du burn-out.

E & C : Ces débordements sont-ils dus à une augmentation de la charge de travail ?

L. M. : Bien que la durée du travail soit relativement élevée – la moitié des cadres au forfait travaillent plus que la limite légale de 218 jours par an – elle n’a pas forcément augmenté, comme le montrent d’autres enquêtes, notamment de l’Apec. En revanche, ce qui se développe, c’est l’hyper-densification des journées de travail. Pour plus de sept cadres interrogés sur dix, ce qui pèse de façon très importante sur la charge de travail, c’est la gestion de l’imprévu et de l’urgence, ainsi que les outils de messagerie. Les réunions et le reporting viennent ensuite. Les nouveaux modes d’organisation du travail, les relations plus soutenues avec les clients accroissent les interactions et les interruptions. D’où le phénomène de débordement pour les cadres managers. Cette accumulation fait qu’ils déplacent leurs activités de reporting et d’analyse hors des horaires de travail.