Pays-BasLE TRAVAIL “ À LA CARTE” SÉDUIT LES EMPLOYEURS NÉERLANDAIS

Het Nieuwe Werken : sous ce concept en forme de programme, des entreprises néerlandaises de plus en plus nombreuses déclinent ce qui ressemble bien à un nouveau paradigme. Ce “nouveau monde du travail” promet plus d’autonomie et moins de stress aux salariés, mais davantage d’engagement et de responsabilité.

Innovation, sinon révolution, sociale, le concept est promis à un beau succès. Mêlant télétravail, emploi flexible dans le temps et l’espace et objectifs négociables, cette relation d’un genre inédit dans l’entreprise, qui est en outre affichée comme préservant l’environnement, a déjà gagné ses lettres de noblesse aux Pays-Bas.

Pionnière, Rabobank, première banque du royaume, emploie déjà 9 000 collaborateurs travaillant “à la carte”. Le secteur public est en passe de s’y convertir. D’ici à 2015, la plupart des fonctionnaires travailleront chez eux…

Confiance et responsabilisation

Fondé sur la confiance et la responsabilisation, un tel cadre de travail présente une double valeur ajoutée : meilleure productivité et engagement personnel du salarié. « Il s’agit de travailler en adulte. Ce sont les résultats qui comptent et non les heures de présence au bureau », résume Ellen van Zadelhoff, chargée de projet à la Rabobank. Et pour cause, le “nouveau travail” implique la disparition pure et simple du “bureau”. Toutefois, le salarié peu disposer d’un poste flexible dans l’entreprise, si nécessaire. Quant aux réunions et autres rendez-vous, des visioconférences sont organisées.

De toute façon, il revient au salarié de savoir où et quand il va travailler. À lui de trouver le bon dosage entre sa vie privée et sa vie professionnelle. En retour, l’entreprise attend de lui une maîtrise parfaite de son agenda. « Cette liberté se traduit, certes, par davantage de responsabilité pour le salarié, mais aussi par moins de stress », considère Ellen van Zadelhoff.

La mise en place du “nouveau monde du travail” n’est pas si simple pour l’employeur, même si « les NTIC ont facilité cette forme de travail », analyse Olof van der Graag, directeur de l’association “Natuur & Milieu” à l’origine de campagnes de sensibilisation sur les avantages des emplois “flexibles”.

« L’environnement dans l’entreprise a changé à trois niveaux, confirme Rabobank. Outre la création de grands espaces ouverts où les gens se côtoient, il a fallu créer l’environnement virtuel reliant l’employeur et les salariés en réseau. » Mais le véritable défi est psychologique. Livré à son sort, avec un encadrement limité aux objectifs à atteindre, le salarié est tenu de se responsabiliser. « En donnant autant d’autonomie, l’employeur prend un risque, concède Iris Smalbrugge, responsable de l’application de ces nouvelles méthodes au ministère des Affaires étrangères. Il est indispensable de repérer les personnes fonctionnant mieux dans une structure traditionnelle. »

L’autre écueil a trait à la cohésion sociale qui risque de se désagréger. De fait, les relations entre collègues deviennent épisodiques. Le remède : favoriser les contacts via les réseaux sociaux.

Enjeux politiques

Cette nouvelle organisation du travail est applaudie des deux mains par les pouvoirs publics. La ministre de l’Infrastructure et de l’Environnement a même inauguré en novembre le lancement de la “Semaine en faveur du nouveau travail”. Les enjeux politiques ne sont pas minces. Le “nouveau travail” présente en effet des vertus en matière de développement durable. Le travail à domicile et à horaires flexibles s’avère un moyen de réduire les effets néfastes sur l’environnement des embouteillages systématiques qui bloquent deux fois par jour le réseau routier du royaume.

Au-delà, des raisons culturelles expliquent l’embellie de ce concept. « L’autoritarisme n’a jamais droit de cité dans les relations du travail aux Pays-Bas, analyse Olof van der Graag. À l’inverse, la culture de la hiérarchie existant en Allemagne et en France ne va pas dans le sens d’un travail flexible. »