Une reconversion longue à mettre en œuvre

Le 19 décembre 2011, Total signait une convention d’ancrage territorial (1) à la suite de l’arrêt définitif, en mars 2010, de sa raffinerie de Mardyck, en activité depuis 1974. Le texte annonçait 150 millions d’euros d’investissement de Total pour redynamiser le site d’ici à fin 2015 avec l’ambition de garantir 600 emplois, les 364 postes de l’ex-raffinerie inclus. Un an plus tard, aucun licenciement économique n’a été prononcé et environ 280 personnes ont retrouvé un emploi sur l’effectif d’origine de 364 salariés. L’accompagnement au reclassement se poursuivant jusqu’au 31 décembre 2014, les salariés restants ont du temps pour se réorienter, rappelle un syndicaliste.

106 mutations internes

Dans le détail, précise-t-il, « 106 anciens de la raffinerie se sont portés volontaires pour des mutations internes, 30 postes administratifs sont restés sur place et une quinzaine de salariés ont choisi une mobilité externe ». D’autres salariés ont rejoint les nouvelles activités du site, qui commencent à se développer : « Treize sont devenus formateurs à l’Oléum, l’école de formation interne aux métiers du pétrole, 80 ont été reclassés dans la filière de maintenance industrielle ATCO, et l’on compte 50 personnes mobilisées sur l’adaptation du site à la nouvelle activité principale de stockage de carburants raffinés. »

Parmi les activités créées ou en cours de création à Mardyck, l’Oléum connaît un réel développement.

Succès de l’Oléum

Avant la fermeture de la raffinerie, le groupe assurait la formation aux métiers du pétrole et de la pétrochimie par le biais de l’Institut français du pétrole. Courant 2011, le groupe s’est doté de son propre organisme, ouvert aussi aux entreprises extérieures et employant actuellement 22 personnes. « En 2012, l’Oléum a organisé 4 700 journées de stage pour 900 collaborateurs du groupe dans les secteurs de la sécurité et de l’excellence opérationnelle. En 2013, l’objectif est d’assurer 7 000 journées de formation pour 1 700 collaborateurs », assure David Névicato, ancien responsable de formation à l’Oléum, aujourd’hui délégué recherche à la direction raffinage chimie de Total. À court terme, l’Oléum devrait employer un effectif total de 25 personnes. Et la mise à disposition de ses infrastructures permet la création (2), très attendue par les grands donneurs d’ordre locaux, du chantier école à taille réelle dédié à la maintenance industrielle.

Le démantèlement et la transformation du site en zone de stockage de produits raffinés (DPCO) mobilisent aussi d’importants investissements financiers (non communiqués) et une soixantaine de salariés jusqu’à fin 2014. Dès 2015, cette structure devrait employer, selon Total, une cinquantaine de salariés. Mais les syndicats sont dubitatifs et tablent sur une quinzaine d’emplois seulement.

Par ailleurs, l’activité d’assistance technique (ATCO), qui rassemble les équipes de maintenance industrielle dédiées aux interventions dans les raffineries du groupe, en France et à l’étranger, ne compte pour l’instant que 80 personnes sur un objectif de 160 d’ici à fin 2014.

« Total rencontre aujourd’hui des difficultés de recrutement, car ces métiers supposent de nombreux déplacements en France, voire à l’étranger, et de suivre une formation de deux ans pour les postes d’inspecteurs », précise un salarié.

Enfin, sur les 50 transferts d’emplois potentiels contractualisés avec LNG Dunkerque (filiale d’EDF) pour la construction du futur terminal méthanier (lire Entreprise & Carrières n° 1068 et 1069), seuls une vingtaine de postulants de Total se sont manifestés au 15 novembre 2012, date limite des dépôts de candidatures. « Les conditions salariales, les primes d’intéressement et de participation d’EDF ne sont pas aussi attractives que celles de Total », analyse un syndicaliste.

Parmi les projets de revitalisation industrielle envisagés, le pilote de production de biodiésel BioTFuel ne s’est pas encore concrétisé. « Mené avec cinq autres partenaires et représentant un investissement de 120 millions d’euros, il est encore en cours de définition technologique », assure-t-on chez Total. En tout cas, son tour de table financier, plus élevé que prévu, n’est pas encore bouclé et il s’agit d’un pilote de démonstration limité dans le temps et pour un potentiel de douze emplois seulement.

Évaluation régulière

La reconversion de l’ex-raffinerie est donc loin d’être achevée. « Total, avec les acteurs du territoire dunkerquois, participe à la revitalisation du site sur des projets parfois lourds, qui nécessitent du temps. Nous veillerons, au-delà du court terme, à ce que les engagements soient tenus. S’ils ne l’étaient pas, nous serions en droit de réclamer d’autres compensations. Pour ce faire, il est essentiel que, sous l’égide de l’État, nous puissions évaluer régulièrement la mise en œuvre des accords conclus avec Total », rappelle Michel Delebarre, président de la communauté urbaine et maire de Dunkerque. De fait, la situation de ce bassin d’emploi reste fragile, et son taux de chômage, de plus de 12 %, est stable depuis un an, notamment grâce à l’impact du chantier du terminal méthanier.

(1) Paraphée par l’État, la région Nord-Pas-de-Calais, le Grand Port maritime et la Communauté urbaine de Dunkerque.

(2) En partenariat avec la CCI Côte d’Opale.