« Les employeurs cherchent à construire des politiques de rémunération qui aient du sens »
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E & C : En octobre dernier, après une enquête menée auprès d’une cinquantaine de grandes entreprises, vous concluiez que l’impact du forfait social serait faible sur l’épargne salariale, mais fort sur la retraite. Pourquoi ?

P. P. : Pour les entreprises qui disposent d’un éventail complet d’outils d’épargne salariale et de retraite supplémentaire, le coût du régime de retraite sera certainement plus important, avec un impact immédiat, car, dans ce domaine, on est souvent sur du “tout ou rien”. Les employeurs qui ont mis en place des régimes de retraite à cotisations définies l’ont rarement fait sur des taux faibles. Souvent, un article 83 représente plus de 2 % ou 3 % de la masse salariale. C’est un coût fixe qui est significatif. Alors que la participation et l’intéressement sont liés aux résultats de l’entreprise. Dans cette enquête, on constate que 60 % des entreprises vont revoir leurs différents dispositifs pour prendre en compte la hausse du forfait social. Et elles vont d’abord réviser les régimes à cotisations définies.

E & C : Qu’en est-il du Perco ?

P. P. : De nombreux Perco ont été ouverts en 2011 et 2012 à la suite de la loi de novembre 2010 portant réforme des retraites, car elle obligeait les entreprises dotées d’un régime à prestations définies pour certains de leurs salariés à mettre en place un dispositif de retraite supplémentaire pour tous les collaborateurs avant le 31 décembre de cette année. Bon nombre d’employeurs ont opté pour un Perco, car on peut s’équiper à faible coût, sans ou avec très peu d’abondement. On a, du coup, l’impression que ce produit a le vent en poupe. En réalité, certains sont vides, faute d’abondement de l’entreprise. D’ailleurs, l’encours du Perco n’est que de 5 milliards d’euros, quand celui de l’article 83 est d’une quarantaine de milliards. En outre, avec une sortie possible en capital et le déblocage anticipé pour l’achat de la résidence principale, le Perco n’est pas, à proprement parler, un régime de retraite. Les entreprises qui veulent véritablement mettre en place une retraite supplémentaire pour leurs salariés choisissent un “83”. Le Perco, lui, est un “facilitateur de NAO”.

E & C : La retraite des salariés est-elle vraiment, aujourd’hui, une préoccupation des DRH ?

P. P. : Face à l’essoufflement des régimes par répartition, demander aux entreprises d’aider les collaborateurs à se constituer une épargne pour leur retraite est effectivement une solution. De plus en plus d’employeurs sont, en tout cas, conscients du problème. Mais ils ne proposeront ce type de dispositif qu’à la condition d’y être obligés ou d’avoir des avantages sociaux et fiscaux. La loi Fillon de 2003 avait clairement posé les choses en reconnaissant ce rôle aux entreprises. En faisant aujourd’hui la chasse aux “niches fiscales”, on leur coupe l’herbe sous le pied. Tous les employeurs cherchent à construire des politiques de rémunération sur du moyen-long terme qui aient du sens. Ils ont cependant besoin de stabilité. Dans le contexte actuel, tout le monde est un peu perdu, y compris les syndicats.

E & C : Confrontés à une baisse de leur pouvoir d’achat, les salariés ne sont-ils pas plus intéressés par du “cash” que par un dispositif de retraite supplémentaire ?

P. P. : Nous avons mené une enquête, cet été, auprès de plusieurs centaines de salariés de profils variés et issus de tout type d’entreprise. Nous leur avons demandé de quelle façon ils aimeraient être rétribués s’ils bénéficiaient d’une augmentation de 300 euros annuels. La rémunération immédiate arrive certes en tête, mais elle n’est choisie que par 14 % des répondants. On note ensuite un intérêt marqué pour l’amélioration des garanties de santé ; les soins dentaires et d’optique étant cités par respectivement 13 % et 11 % des salariés. Avec 10 %, la retraite supplémentaire arrive tout de même en 4e position, à égalité avec une couverture supplémentaire en cas d’incapacité de travail ou d’invalidité.