LES CHÔMEURS SENIORS ONT TENU SALON EN ALSACE

Des demandeurs d’emploi âgés de plus de 45 ans invitant les employeurs à aller à leur rencontre : tel a été le principe du forum de recrutement inversé, organisé fin octobre à Molsheim (Bas-Rhin) par la Maison de l’emploi, de la formation et de l’entreprise (Mefe) locale. L’originalité de l’événement tient au ciblage exclusif sur les seniors. Ceux-ci apparaissent comme étant les plus pénalisés par la crise de ces dernières années dans un bassin d’emploi qui, avec un taux de chômage limité à 6,2 %, a été dans l’ensemble relativement épargné.

« Le chômage des seniors a augmenté de 16 % en un an sur notre territoire, constate Adeline Petiot, directrice de la Mefe du Pays Bruche Mossig Piémont. Il progresse plus vite que celui des jeunes qui s’est, lui, accru de 9 %. Et avait déjà enregistré une hausse de 39 % entre 2007 et 2010, selon Pôle emploi. Nous avons monté cette opération car les salariés âgés n’ont pas de structure qui leur soit dédiée, comme la mission locale l’est pour les jeunes. »

Binômes intergénérationnels

Quarante et un candidats, depuis le niveau V et infra jusqu’au diplôme d’ingénieur, ont monté leur stand. Ou plutôt 41 binômes “intergénérationnels”. Car chaque présentation a fait l’objet d’une semaine de travail avec un étudiant de l’Institut supérieur de communication (Iscom) de Strasbourg. L’idée ? Donner un coup de jeune aux profils, faire tomber les clichés sur l’employabilité passé un certain âge et contourner l’obstacle du CV. Parce que, quoi qu’on en dise, l’âge constitue un facteur discriminant, ont répété les exposants les uns après les autres. « On ne me le dit jamais tel quel, mais on trouve toujours une excuse pour ne pas donner suite. Quand on a daigné répondre à ma candidature… », observe Patrick Gass.

Sur son stand, cet ancien responsable commercial dans l’automobile, en recherche d’emploi depuis trois ans, a mis en valeur son profil international et polyglotte par une carte du monde figurant ses multiples séjours à l’étranger. Patrick Gass a également remis à jour son profil Viadeo. Une présence sur les réseaux sociaux qui ne s’est pas imposée comme un impératif aux candidats de moindres qualifications. Alain Vaudenay a accordé, de son côté, une large place à ses activités extraprofessionnelles : « Les passions communes peuvent déclencher une rencontre de façon inattendue », estime ce responsable fabrication, qui se dit prêt à accepter un poste d’un niveau inférieur.

Employeurs venus par curiosité

Face à ce déploiement, la réponse des employeurs est, sans surprise, prudente. Sur les quelque 80 entreprises qui s’étaient déclarées très intéressées auprès de la Mefe, environ 40 se sont déplacées. Et elles sont avant tout venues par curiosité, non pour recruter à la sortie, en reconnaissant que le volet recrutement demeure le parent pauvre des accords seniors. Chaque demandeur d’emploi est toutefois reparti du forum inversé avec, en moyenne, quatre contacts pouvant déboucher sur un entretien d’embauche. Pour un bon nombre d’entre eux, habitués au silence des employeurs, cela représente déjà un pas en avant.