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Climat social : les DRH plus optimistes que les salariés

Actualités | publié le : 04.12.2012 | EMMANUEL FRANCK

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Est-il souhaitable de faire évoluer l’accord 35 heures ? (Réponses des DRH, secteur privé)

Crédit photo EMMANUEL FRANCK

En croisant le point de vue des salariés et celui des DRH sur le climat social*, l’enquête de Cegos, rendue publique le 28 novembre, met en lumière un décalage de perception parfois important entre les premiers et les seconds. Mais elle pointe également les leviers d’action dont pourraient se saisir les DRH s’ils étaient à l’écoute du terrain.

Moins de la moitié des salariés (47 %) du secteur privé sont satisfaits du climat social qui règne en ce moment dans leur entreprise. C’est deux points de moins qu’en 2011. Il faut dire que l’avenir ne leur semble pas rose tant sur le plan des rémunérations (59 % prévoient leur gel en 2013), que des réorganisations (54 % pensent qu’ils y seront confrontés dans les mois à venir). Et presque un quart des salariés (23 %) craignent un plan social. Dans ce contexte anxiogène, les formations ne leur apparaissent pas comme un moyen de s’en sortir par le haut, puisqu’un tiers seulement estiment que celles qu’ils ont suivies leur ont permis d’évoluer professionnellement.

Effet retour de vacances

En revanche, une majorité (51 %) était confiante dans l’avenir de son entreprise au moment où l’enquête a été réalisée, au mois de septembre. « Il s’agit peut-être d’un effet retour de vacances, pondère Valérie Jaunasse, manager des formations en relations sociales à Cegos. Si nous avions interrogé les salariés maintenant, je pense qu’ils auraient été moins optimistes, car, dans l’intervalle, il y a eu l’annonce de nombreux plans sociaux. »

Ces perspectives moroses engendrent des velléités de combat chez les salariés. Une peu moins de la moitié (41 %) d’entre eux seraient prêts à faire grève en cas d’« insatisfaction importante ». C’est quatre points de plus que l’année dernière. Des secteurs habituellement peu mobilisés, comme le commerce et les services, sont en pointe. Facteur aggravant, 29 % des salariés ne croient pas que l’action des syndicats puisse améliorer les choses. Il reste cependant à savoir quelle « insatisfaction importante » pourrait déclencher un passage à l’acte. « Une menace sur l’emploi », répond Valérie Jaunasse, qui conseille de surveiller les réseaux sociaux, car la mobilisation n’empruntera pas forcément les canaux syndicaux.

Pas de risques de grève sur le sujet des rémunérations en tout cas. « Quoique les enveloppes n’aient pas beaucoup augmenté, les salariés se montrent globalement plus satisfaits que l’année dernière, sans doute parce qu’en période de crise, ils sont moins exigeants », commente Valérie Jaunasse.

La note de conjoncture d’Entreprise & Personnel (E & P) publiée fin octobre (lire Entreprise & Carrières n° 1115) va dans le même sens. Selon l’association de DRH, le contexte est peu propice à une mobilisation du fait du chômage, de l’intériorisation de la crise par les salariés et de l’« apathie » des syndicats d’entreprise, en attente des résultats de négociations interprofessionnelles, et moins combatifs face à un gouvernement de gauche qu’ils ont soutenu. Seule une situation extrême comme la fermeture d’un site pourrait créer une mobilisation, selon E & P.

Avant d’en arriver là, les craintes des salariés sur le climat, les rémunérations, la charge de travail, les réorganisations et les plans sociaux, soulignées par l’enquête Cegos, clignotent comme autant de petits signaux d’alerte. Or les DRH semblent les ignorer, du moins en apparence. D’un côté, ils affichent un optimisme décalé par rapport à leurs salariés : 63 % pensent que le climat social est bon ; 51 % que les effectifs sont adaptés à la charge de travail (37 % chez les salariés) ; 64 % que les salaires sont équitables (29 % chez les salariés), et 19 % que les salaires seront gelés en 2013.

La motivation reste importante

Surtout, moins d’un tiers des DRH pensent que leur entreprise sera confrontée à des mouvements sociaux dans les mois à venir. Cela peut paraître optimiste quand on sait que la moitié des DRH envisagent de faire évoluer leur accord 35 heures, sujet explosif.

D’un autre côté, ils surveillent le climat social comme le lait sur le feu : 58 % ont mis en place une veille social, 83 % estiment que la direction générale est attentive au climat social. Preuves qu’ils ne sont pas totalement rassurés.

Pour autant, sont-ils condamnés à jouer les observateurs ? « Les entreprises ont des marges pour faire basculer du bon côté les salariés indécis. En n’agissant pas, c’est l’inverse qui risque de se produire », relève Valérie Jaunasse. L’enquête Cegos pointe que les salariés restent positifs dans de nombreux domaines, mais que beaucoup d’autres oscillent. Ainsi, il n’y a pas de crise de l’implication, puisque 59 % des salariés se déclarent motivés, mais, dans le même temps, 23 % sont indécis. De même, 56 % sont satisfaits de leur emploi, mais un quart ont un avis partagé. Et 66 % trouvent que leur activité est intéressante, mais 22 % hésitent.

Alors, que peuvent faire les patrons des ressources humaines ? Être sur le terrain. « Les DRH ont passé beaucoup de temps à négocier ou à faire des restructurations, constate Valérie Jaunasse. Peut-être n’ont-ils pas suffisamment été au cœur des métiers et des organisations. »

*Enquête réalisée en septembre 2012 auprès de 750 salariés du secteur privé ; 550 agents de la fonction publique et 428 DRH des deux secteurs.

Auteur

  • EMMANUEL FRANCK