L’ALSACE EN STAGE INTENSIF D’ALLEMAND

L’allemand se parle de moins en moins en Alsace, et ce phénomène contribue à la montée du chômage. Plus d’un emploi de travailleur frontalier a échappé aux Alsaciens ces dernières années pour cause de non-maîtrise de la langue, alors que l’Allemagne limitrophe et la région suisse germanophone de Bâle frisent le plein-emploi. De plus, cette évolution linguistique négative est également pénalisante pour le territoire français. « Compte tenu de nos nombreux voisins qui viennent acheter, visiter et résider chez nous, nos employeurs ont besoin de salariés germanophones, dans le commerce, l’hôtellerie-restauration, le tourisme, l’immobilier, les banques-assurances, le bâtiment, etc. L’allemand fait partie des compétences professionnelles de base », souligne Pascale Schmidiger, présidente de la Maison de l’emploi et de la formation (MEF) de Saint-Louis (Haut-Rhin) et vice-présidente du conseil régional.

Trois volets principaux

Pour réagir, la région a initié un programme de formation “Allemand pro” d’un million d’euros, qu’elle fait monter en puissance depuis cette rentrée de 2012. Il comprend trois volets principaux. Tout d’abord, des formations sur mesure par métier et par série d’une dizaine de salariés qui ont été identifiés comme étant prêts à être recrutés de part et d’autre de la frontière, mais à qui il manque un perfectionnement en allemand. Confiées à divers organismes, une petite dizaine de sessions sont lancées : cuisiniers, réceptionnistes d’hôtel, installateurs thermiques, soudeurs, vendeurs… Deuxième volet : la région a organisé des cursus sur le vocabulaire technique de chaque branche, d’une durée maximale allant jusqu’à 210 heures par personne. Enfin, dernier volet de ce plan : la région a contracté avec le réseau des Greta pour monter des formations interprofessionnelles de 140 heures en moyenne, combinant présentiel (40 %) et e-learning, à destination des demandeurs d’emploi, des apprentis en CFA publics et des salariés à temps partiel de moins de 20 heures.

Immersion

Les stagiaires en sortent au minimum avec une attestation de capacité qui valide leur aptitude à évoluer dans un environnement germanophone. « L’entrée s’effectue à niveau A1 + et A2 du référentiel européen pour les langues, avec l’objectif de sortir à B1, voire B2, expose Driss Korchane, conseiller en formation continue à la Dafco Alsace. Le contenu de cet enseignement à visée professionnelle comprend une dimension ludique et une immersion dans le pays voisin. » Cette formation vise 300 bénéficiaires sur deux ans, mais pour l’heure, n’en a attiré que 120.

D’autres initiatives alsaciennes sont parallèles à Allemand pro avec le même objectif linguistique. Le Pôle emploi de Saint-Louis lance cet automne des formations de perfectionnement par secteurs professionnels fortement recruteurs, qui démarrent avec le commerce (210 heures) et l’hôtellerie-restauration (280 heures) pour environ 15 stagiaires à chaque fois.

La Maison de l’emploi de Strasbourg a débuté en septembre dernier des formations accélérées (30 heures sur trois semaines) pour petits groupes de cinq à six cadres demandeurs, là encore en général à partir d’un niveau A1 ou A2. Ces formations sont financées via une première enveloppe de 10 400 euros sur quatre mois, et c’est l’équipe transfrontalière de Pôle Emploi de Strasbourg qui les gère. Cette offre s’ajoute aux ateliers de Pôle Emploi centrés sur la culture professionnelle en Allemagne. Autres initiatives : le Greta Nord–Alsace a formé à l’allemand pro des seniors pour les préparer à un job dating transfrontalier spécifique qui doit avoir lieu à la mi-novembre ; et le Fafiec (Opca des secteurs des études, de l’ingénierie, du conseil…) a également construit neuf modules linguistiques de 10 à 40 heures pour ses entreprises adhérentes de l’est de la France.

Modules de perfectionnement

Point commun à toutes ces formations : ce sont des modules de perfectionnement présupposant une connaissance minimale préalable de la langue. De 2009 à début 2012, la MEF de Saint-Louis avait monté des cursus “allemand de base”, qui ont connu un réel succès, puisqu’ils ont attiré 180 stagiaires et que « 70 % d’entre eux ont trouvé un emploi six mois après », assure la MEF. Mais, pour cause de restrictions budgétaires, elle les a arrêtés.