QUI A PEUR DU BYOD ?

Soutenue par le développement du Saas et des applications mobiles, la déferlante du Byod, acronyme anglo-saxon pour bring your own device*, ne peut plus être ignorée par les entreprises. Selon Fortinet, qui a mené une étude sur le phénomène dans 15 pays en juin 2012, c’est la « forte dépendance envers les communications personnelles qui rend le Byod incontournable » ; 38 % des jeunes Français de 20 à 29 ans confessent déjà qu’ils ne pourraient passer plus d’une journée sans avoir accès aux SMS, et 19 % sans se connecter aux réseaux sociaux.

Plus inquiétant pour les entreprises, près d’un tiers des sondés en France (30 %) admettent qu’ils ont déjà ou seraient prêts à transgresser la politique de l’entreprise interdisant l’utilisation des appareils personnels à des fins professionnelles. « Entre les potentialités des applications dont certains salariés disposent sur leur propre smartphone ou tablette numérique et celles des outils mis à disposition par l’entreprise, le décalage est parfois criant, souligne Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée de Markess International. Certains peuvent avoir le sentiment qu’on les prive d’une capacité d’innovation et de créativité. »

Phénomène d’addiction

Une affaire de DSI Pas uniquement. Selon une étude menée en mars par Markess, 50 % des cadres et managers attendent de leur DRH la « mise à disposition d’outils innovants leur permettant d’être plus efficaces dans leurs missions quotidiennes, et notamment d’accéder à distance à des informations et à des applications clés ». L’implication de la DRH dans la gestion de ce nouveau phénomène se révèle d’autant plus indispensable que le Byod n’est pas dépourvu de risques. « Le phénomène d’addiction lié à l’hyperconnectivité est réel et entraîne avec lui la question du respect de la durée légale du travail, souligne l’avocate Garance Mathias. Doivent également être pris en compte les risques de discrimination, lorsqu’une catégorie de salariés seulement, les commerciaux par exemple, est autorisée à utiliser ses propres appareils. Dans tous les cas, cette distinction doit être dûment motivée. » À ces questions s’ajoutent celle du respect de la vie privée lorsque données personnelles et professionnelles cohabitent sur le même appareil, ainsi que celle d’un éventuel dédommagement ou d’une participation financière de l’entreprise lorsque le salarié est propriétaire de l’outil.

« Le modèle de gestion du Byod reste à inventer, précise Emmanuelle Olivié-Paul. L’utilisation d’appareils personnels dans l’entreprise se fait encore trop souvent de façon informelle. » Et « les risques de contentieux sont présents de part et d’autre, précise Garance Mathias. A minima, il semble incontournable d’encadrer les pratiques par une charte d’utilisation approuvée par les partenaires sociaux, CHSCT notamment ».

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