EspagneBRAS DE FER AUTOUR D’UNE FORMULE LOW-COST D’IBERIA

Le premier vol d’Iberia Express, prévu le 25 mars, ne pouvait éviter les remous sociaux créés par la décision de la compagnie aérienne espagnole de lancer cette filiale low-cost. Depuis octobre 2011, Iberia est engagée dans une véritable guerre des nerfs avec le Sepla, principal syndicat de pilotes. Le bras de fer a atteint son paroxysme il y a quelques semaines, avec la menace de 24 jours de grève distribués entre mars et mai, à des dates clés de grands départs en congés. Une lueur d’espoir a néanmoins surgi à la mi-mars avec la désignation d’un médiateur, proposé par le ministère du Développement et accepté par les 2 parties. Du coup, les jours de grève sont pour l’instant suspendus.

L’affrontement a éclaté il y a six mois, lorsque la direction de la compagnie aérienne a dévoilé son projet de filiale à bas prix.

Douze jours de grève plus tard, aucune négociation n’était en cours et ce, jusqu’au choix du médiateur. Cette personnalité est déjà intervenue avec succès lors d’un conflit entre les contrôleurs aériens et Aena, l’organisme public chargé de gérer les aéroports.

Désaccord sur les sujets de discussion

« De toute façon, nous ne pouvons pas négocier puisque nous ne sommes pas d’accord sur les sujets de discussion ! » s’exclame-t-on chez Iberia. La compagnie veut évoquer la signature de l’accord d’entreprise de 2011, tandis que le Sepla entend circonscrire la discussion à la création d’Iberia Express. Pensée pour rentabiliser les vols de courte et moyenne distances, où la concurrence des compagnies low-cost est féroce, Iberia Express veut commencer avec 4 avions. « La compagnie grandira petit à petit, elle comptera 40 avions d’ici à 2015 et emploiera 500 personnes à ses débuts », explique-t-on chez Iberia. Mais c’est sur les conditions de travail que tout coince. Si le syndicat des pilotes ne nie pas les déficits sur ces distances, les solutions pour y faire face divergent. Iberia entend créer cette nouvelle compagnie avec un accord d’entreprise distinct, tandis que le Sepla estime qu’elle doit être lancée au sein d’Iberia. « C’est d’ailleurs ce qui est prévu dans le dernier accord d’entreprise signé en 2009. Ibéria ne peut pas compartimenter l’activité, ce point précis est bordé », affirme-t-on au Sepla. Il craint en fait qu’Iberia perde peu à peu du poids dans son propre aéroport à Madrid et que British Airways, avec laquelle elle a fusionné en 2010, au sein du groupe International Airline Group (IAG), ne grandisse à ses dépens sur les longues distances. « British est saturée et ne peut pas croître à l’aéroport de Londres », ajoute le syndicat des pilotes.

Chez Iberia, on réfute cette théorie. « Mais si les pilotes s’entêtent à poursuivre leurs grèves, nous allons réellement perdre du poids », insiste la compagnie. Selon elle, chaque jour de grève coûterait 3 millions d’euros. Une situation qui ne va pas arranger les résultats. Déjà en 2011, Iberia affichait des pertes de 98 millions d’euros contre des bénéfices de 89 millions d’euros en 2010. Entre la baisse de la demande sur le marché espagnol et la hausse de la facture du pétrole (+ 30 %), la chute a été rude. Le Sepla réclame une autre organisation et met en avant les concessions qu’il accepterait : « Notre dernière proposition consistait à augmenter le nombre d’heures de travail et de 30 % la productivité, à réduire la charge salariale de moitié en baissant les primes des commandants et à créer 3 nouvelles catégories salariales pour faire diminuer les salaires des nouveaux pilotes. Nous proposions aussi d’éviter les nuits sur place et donc les frais pour les pilotes sur les courtes et moyennes distances. Nous négocions depuis deux ans et, soudain, en septembre 2011, la compagnie a changé d’avis en voulant créer Iberia Express. »

Iberia ne nie pas la bonne volonté de ses pilotes, mais revendique des économies rapides : « Avec notre solution, nous économiserons 100 millions d’euros. Leur plan, à court terme, économise tout au plus 15 millions d’euros. Les nouveaux pilotes entreraient, certes, avec des salaires moins élevés mais grimperaient au fil des années et nous coûteraient donc plus cher. » Le médiateur va, à coup sûr, avoir du travail.