LES SENIORS ONT DAVANTAGE RECOURS À L’INTÉRIM

En difficulté sur le marché de l’emploi, les seniors se tournent désormais davantage vers l’intérim. C’est ce que constate le Prisme, syndicat des professionnels du travail temporaire : depuis 1995, le nombre d’intérimaires de plus 50 ans a doublé, pour atteindre 46 020 en 2010. Entre 2009 et 2010, les agences ont séduit 7 500 intérimaires seniors supplémentaires, soit désormais 8,7 % des intérimaires. Par ailleurs, ils font des missions plus longues : entre mars 2010 et mars 2011, plus de la moitié ont travaillé plus de six mois en intérim. « C’est un choix pragmatique, explique François Roux, du Prisme. Ils ont besoin de travailler et de cotiser des trimestres pour leur retraite. » Une offre qui répond aux besoins des entreprises à la recherche de salariés qualifiés, notamment dans le bâtiment. « Les employeurs ont besoin de managers de projets. Cela favorise les candidats expérimentés et donc les seniors », ajoute François Roux, qui rappelle que le développement de l’intérim senior était un objectif de l’accord de branche seniors conclu en 2009 et a donné lieu à une campagne de sensibilisation.

Choisis d’abord pour leurs compétences

Adecco, où un accord maison incite également à développer l’intérim senior, fait état d’une amélioration : « En 2010, nous avons 6,4 % d’intérimaires seniors contre environ 5 % les deux années précédentes, indique Bruce Roch, directeur de la RSE. Rassemblant 16,12 % des heures travaillées, ils œuvrent plus que les autres tranches d’âge. Leur temps de travail annuel est plus élevé. » Embauchés surtout dans le bâtiment et l’industrie, secteurs traditionnellement couverts par Adecco, ces seniors (60 % d’hommes et 40 % de femmes) sont choisis d’abord pour leurs compétences. « Les préjugés sur l’âge tombent et les employeurs se rendent compte que l’expérience a des vertus. Un exemple, les seniors sont moins victimes d’accidents parce qu’ils respectent mieux les consignes », ajoute Bruce Roch, par ailleurs vice-président de l’Association française des managers de la diversité (AFMD).

Des opportunités de CDI

L’intérim peut aussi aider à retrouver un emploi en CDI. Ce scénario a par exemple fonctionné pour cinq intérimaires d’une usine Rhodia de Valence (135 salariés) qui fabrique de la polyamide. « Pour nos dix recrutements de cette année, nous avons choisi cinq candidats âgés de 53 à 58 ans, relate le DRH Benoît Dondeyne. Leur âge n’est pas entré en ligne de compte. Leur passage en intérim s’était bien déroulé. Et ils ont démontré au recrutement les qualités dont nous avions besoin : stabilité, recul par rapport au travail, volonté d’investissement. »

Apport qualitatif

Deux d’entre eux, handicapés au niveau du dos, ont une reconnaissance Cotorep. « Ce n’est pas un souci, parce qu’ils occupent des fonctions de veille et de supervision. » Aucun de ces seniors ne travaille d’ailleurs sur des postes pénibles : « Ils apportent du qualitatif. Ils proposent des améliorations, se félicite Patrick Nadjar, directeur de la business unit. En cas de problème, ils prennent le temps d’analyser. » Ces recrutements vont en outre permettre à cette entreprise plutôt jeune de rééquilibrer sa pyramide des âges.