À NANTES, LES SALARIES DE LA PROPRETE TRAVAILLENT EN JOURNEE

Horaires atypiques, travail discontinu : « La propreté souffre d’une insuffisance notoire de qualité de l’emploi, alors même que le potentiel d’emplois pour les personnes de faible niveau de qualification est important. » Ce constat, établi en 2007 par la Maison de l’emploi de la métropole nantaise et les professionnels de la propreté, membres de la Fédération des entreprises de la propreté (FEP) de l’Ouest, a conduit à une mobilisation commune pour améliorer les conditions de travail.

Composé d’entreprises de propreté et de donneurs d’ordre, essentiellement employeurs publics (Nantes Métropole, conseil général, conseil régional, villes de Nantes et Rezé, société de transport Semitan, Cité des Congrès, direction régionale d’EDF…), un groupe de travail “territoire propreté” a planché sur le sujet.

Visibilité et efficacité

Résultat : en 2009, 33 partenaires – donneurs d’ordre et entreprises – se sont engagés à faire travailler le personnel en continu et en journée de 7 h à 19 h. Le bilan a été présenté au printemps 2011. Actuellement, 510 salariés travaillent en journée sur 550 sites. Pour beaucoup, c’est un progrès. « Maintenant, nous voyons nos enfants », se félicite Nelly Le Bel, chef d’équipe dans l’entreprise PCS, intervenant dans les locaux de Nantes Métropole. Ses collègues et elle travaillent aujourd’hui de 6 h à 13 h. Auparavant, elles commençaient à 5 h et devaient reprendre le soir.

Moins fatiguées, les employées estiment aussi avoir gagné en visibilité et en efficacité. « À présent, je rencontre les gens dans les bureaux, cela permet quelques échanges. S’ils ont une demande particulière, je peux tout de suite intervenir », constate la chef d’équipe. Autre aspect positif : le travail en continu a permis d’augmenter le nombre d’heures chez le même employeur. Les salariés d’Onet Propreté, par exemple, effectuent aujourd’hui 30 heures hebdomadaires sur le campus de l’Afpa à Saint-Herblain, contre 15 heures auparavant.

Longue concertation

Le succès de la démarche repose sur une longue concertation. « Cette idée simple était complexe à mettre en œuvre. Travailler en journée touche en profondeur l’organisation et les ressources humaines dans l’entreprise de propreté comme chez le donneur d’ordre. Il fallait les réunir, et c’est la première fois que les parties prenantes ont travaillé ensemble », indique Michel Plassart, responsable du projet pour la FEP Ouest.

Même constat pour François Charrier, directeur d’exploitation de la Cité des Congrès, qui est passé de 12 000 heures de ménage de nuit à 3 000 en deux ans. « Toutes les questions d’organisation du travail doivent être abordées. C’est la condition pour que ça marche. On a par exemple établi des priorités : les bureaux viennent après les espaces exploités et les halls. Nous sommes passés d’un nettoyage en volume d’heures à un nettoyage qualitatif. » Son prestataire, Fabrice Patin, patron de GSF, renchérit : « On passe du quantitatif à un nettoyage intelligent, qui implique de responsabiliser le personnel. »

La démarche, qui a d’abord mobilisé les employeurs publics, s’élargit aux entreprises privées. La Charte du travail en journée s’est enrichie de nouvelles signatures (70 à ce jour). La Carsat des Pays de la Loire, déjà associée à la FEP Ouest dans la prévention des TMS, soutient la démarche : « Les TMS ont des causes biomécaniques, mais aussi psychiques liées aux contraintes de l’organisation du travail. Promouvoir le travail en journée permet de supprimer ces contraintes organisationnelles », affirme Jean-Michel Bachelot, ingénieur prévention à la Carsat.

Enfin, l’expérimentation est maintenant soutenue par la Fédération de la propreté au niveau national. Le Fare Propreté (Fonds d’action pour la réinsertion et l’emploi), partie prenante du projet de Nantes, propose aux entreprises de propreté des formations et des outils pour mettre en œuvre cette démarche.