DES CANDIDATS SÉLECTIONNÉS AVEC “HABILETES”
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Pour son magasin qui ouvre en octobre à Vourles, au sud de Lyon, Leroy Merlin, qui doit recruter 80 personnes, a décidé d’utiliser la méthode de recrutement par simulation (MRS). Basée sur une sélection par les “habiletés” plutôt que sur le CV (facultatif jusqu’au bout), « cette méthode, qui nous est propre, répond à trois objectifs, explique Camélia Ressier, responsable dans le Rhône de la structure dédiée de Pôle emploi : lutter contre les discriminations en ouvrant les postes à des personnes qui ne seraient pas recrutées par les canaux habituels ; permettre à des entreprises de secteurs en tension et/ou recrutant en nombre d’avoir davantage de candidats ; offrir un recrutement sur mesure pour des métiers bien spécifiques ».

Leroy Merlin a été pionnière dans l’utilisation de cette méthode mise au point en 1990 par un directeur d’ANPE. Même si, explique Frédéric Rochaix, DRH à la direction Rhône-Alpes-Centre, « il ne s’agit pas d’une stratégie générale. Chaque RRH est autonome et décide ou non de l’utiliser, selon ses enjeux. Elle est ainsi particulièrement intéressante lors d’ouvertures ».

Adapter les tests

Pour celle de Vourles, Camélia Ressier s’est fait expliquer les exigences et l’environnement des postes de travail par Blandine Omont, RRH du futur magasin, afin d’adapter les tests déjà conçus pour l’enseigne. Il s’agit de simulations de situations de contact avec des clients et de travail en équipe, devant un faux rayon où des cubes remplacent les perceuses et autres pots de peinture.

Ces exercices ont ensuite été testés sur des salariés en poste, ce qui a permis, après pondération prenant en compte l’expérience de ces derniers, de déterminer la note à atteindre pour chaque habileté.

Information collective

L’agence Pôle emploi de Vourles a organisé en amont une séance d’information collective largement ouverte aux demandeurs d’emploi. « Je leur ai expliqué ce que sont nos métiers de conseiller de vente et d’employé logistique, explique Blandine Omont. Puis je leur ai parlé de l’entreprise et de ses valeurs telles que l’autonomie : si certains ont besoin d’être guidés, mieux vaut qu’ils ne se présentent pas. »

En revanche, nul besoin pour postuler d’avoir des connaissances techniques en bricolage : une même formation est assurée pour toute recrue. À l’issue de cette réunion, les volontaires passent des exercices de base sur l’écriture et le calcul, sésame pour les tests d’habiletés. Enfin, les lauréats se retrouvent face à trois recruteurs : le manager du rayon, le RRH et le directeur du magasin. « Cela permet surtout d’exclure ceux qui se présentent mal, admet Blandine Omont. La motivation, elle, est certaine, tant la MRS est un parcours du combattant ! » Côté recruteur, cette méthode permet d’avoir « des profils auxquels on n’avait pas pensé, comme des femmes qui avaient arrêté de travailler ou venant d’autres univers ». La RRH a ainsi découvert, après sélection, qu’elle embauchait deux anciens boulangers et une secrétaire de mairie et, « globalement, plus de femmes et des gens plus âgés que d’habitude ». « Si l’on se limitait à nos profils habituels de vendeurs ou de techniciens d’un domaine – plomberie, peinture, etc. –, estime Frédéric Rochaix, le vivier ne serait pas suffisant et pas assez riche. »

Tutorat interne

Aux 11 premiers recrutés, Blandine Omont a proposé un contrat de professionnalisation de six mois avant l’ouverture, avec un tutorat interne : « Nous ne pouvions le faire pour tous, mais ils transmettront aux autres, assure-t-elle. Au magasin de Tassin (Rhône), où j’avais fait de tels paris sur des personnes aux profils différents, j’avais constaté qu’elles sont ensuite plus fidèles, car reconnaissantes : sur 15 embauchées, 11 sont encore là cinq ans après, alors qu’avec le turn-over habituel, la moitié seraient parties. » Cependant, avec l’expérience, elle constate que « le processus exclut les candidats actifs, car il est long – deux ou trois mois, contre un mois pour la voie classique –, avec des contraintes horaires et une multiplicité d’interlocuteurs. Il y a donc surtout des personnes en difficulté d’insertion, ayant besoin d’accompagnement ». C’est pourquoi Leroy Merlin hésite à utiliser la MRS pour des postes d’encadrement, même si quelques essais ont eu lieu, à Bron notamment, pour des postes de chefs de rayon.

LEROY MERLIN

• Activité : grande distribution spécialisée dans l’aménagement de la maison.

• Effectif : 19 500 personnes (dans 111 magasins).

• Chiffre d’affaires 2009-2010 : 4,9 milliards d’euros.