SNJ-CGT ET FILPAC-CGT N’ADDITIONNENT PAS LEURS VOIX
Image

La répartition des quelque 800 salariés-électeurs des Dernières nouvelles d’Alsace en trois collèges – ouvriers/ employés, journalistes, encadrement – avait fait consensus en avril 2010. Mais la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication, Filpac-CGT, historiquement dominante dans les imprimeries de presse, attaque à répétition le protocole préélectoral signé par les six autres syndicats.

Trois syndicats catégoriels

« C’était la première fois que nous organisions le scrutin dans le cadre de la nouvelle loi et nous avons gardé les collèges existants, sachant que nous avons trois syndicats catégoriels, CFE-CGC dans l’encadrement, SNJ et SNJ-CGT chez les journalistes », indique Jean-Pierre Frank, le DRH. Le paysage syndical compte en outre la Filpac-CGT, la CFDT, la CFTC et FO, qui a perdu sa représentativité aux élections de mai 2010.

Disposant de la majorité absolue dans le premier collège, la Filpac-CGT affirme l’avoir également obtenue dans toute l’entreprise, en additionnant les voix obtenues par chacun de ses candidats, et non par sa liste. Ni en 2008 ni en 2010, les voix pour les deux syndicats CGT n’ont été additionnées. « Les deux ont participé à la négociation du protocole et aux élections sous leur propre étiquette et personne ne m’a demandé de cumuler leurs voix », note Jean-Pierre Frank, qui reconnaît la légitimité de chacun des deux. « La direction a accepté notre liste et celle du SNJ-CGT dans le collège journalistes, confirme Nadia Slimani, déléguée syndicale (DS) Filpac, nous n’avons pas eu d’élu mais, si nous avions voulu additionner les voix, nous aurions fait liste unique. » « Le SNJ-CGT veut garder son indépendance et ne souhaite pas que nous le représentions », poursuit Nadia Slimani. Le SNJ-CGT peut se le permettre, car son audience est calculée dans le seul collège journalistes, alors que ce syndicat est affilié à une confédération intercatégorielle. La DS SNJ-CGT n’a pas souhaité s’exprimer.

« Choc culturel »

La DS SNJ (non confédéré), Laurence Rey, note un « clivage entre la Filpac et les autres syndicats en raison de son mode de fonctionnement pas toujours démocratique ». Elle souligne l’inquiétude d’une arrivée en masse et non maîtrisée des ouvriers du livre, dont les emplois disparaissent, sur des postes de journalistes. La réduction du nombre d’ouvriers et donc de sièges dans le premier collège a conduit la Filpac à la perte de la majorité au CE. Un « choc culturel » qui se traduit par des « tensions », résume le DRH. Ce qui expliquerait les procédures en cours.

La Filpac veut invalider le protocole de 2010, mis en œuvre sans sa signature, et les élections qui ont suivi, en revendiquant un score de 82 % aux précédentes élections de 2008. Le tribunal d’instance de Strasbourg a invalidé son mode de calcul et validé celui par moyenne de listes utilisé aux DNA, qui donnait 47,9 % à la Filpac. La Cour de cassation devait ensuite casser cette décision : le tribunal aurait dû « prendre en compte pour une unité le nombre de voix obtenu par chacune des listes ». Résultat pour la Filpac selon la direction : 48,86 %, donc pas de possibilité de s’opposer au protocole de 2010. La Filpac a de nouveau assigné les DNA et tous les syndicats en mai 2011. Elle s’appuie notamment sur l’avenant bleu, une annexe alsacienne à la convention collective des industries graphiques, pour réclamer 8 sièges au CE dans le premier collège au lieu de 4 – l’encadrement n’en a qu’un et les journalistes deux. « Je ne connaissais pas cet avenant qui date de 1964. Il n’a jamais été appliqué aux DNA et a été signé par des organisations patronales qui n’existent plus », rétorque Jean-Pierre Frank, apparemment serein.

Ouverture des NAO

Pour lui, l’actualité est aux NAO, auxquelles il convoque tous les syndicats représentatifs, notamment les deux CGT. « Avec 32,59 % des voix tous collèges confondus au scrutin de 2010, la Filpac peut signer seule mais ne peut pas s’opposer seule à un accord », souligne-t-il. Par contre, « pour une négociation catégorielle, je pense que j’aurai à tenir compte des poids respectifs de chacun des syndicats dans le collège de la catégorie, et donc je n’aurai pas à convoquer ceux qui n’y ont présenté aucun candidat », ajoute-t-il. Nadia Slimani ne s’en offusque pas : « Les cadres, chez qui nous n’avions pas de candidat, et les journalistes, chez qui nous n’avons pas d’élus, ont leurs propres syndicats… L’essentiel est d’arriver à travailler tous ensemble. » Défi relevé : tous les syndicats des DNA ont élaboré ensemble un “cahier revendicatif unique” pour les NAO qui viennent de s’ouvrir.