EN SUÈDE, PARENTALITÉ NE RIME PAS AVEC ÉGALITÉ
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La prise en compte de la paternité dans les différents congés permet de distinguer deux grands modèles, note le rapport Grésy. Le modèle “maternel”, adopté notamment par la France, se structure autour du congé maternité. Il se caractérise par une place réduite accordée aux pères dans ces congés et par la non-attractivité financière du congé parental (voir le graphique ci-contre). Le modèle “parental”, que représente notamment la Suède, se caractérise par une fusion des différents congés au sein d’un congé unique. Une part de celui-ci est réservée à chaque membre du couple ; l’indemnité de remplacement est élevée.

Par ailleurs, la France comme la Suède sont parmi les pays les plus performants pour l’accueil des enfants de moins de 3 ans. Toutefois, dans le modèle nordique, « les services d’accueil aux enfants ne sont assurés qu’à partir d’un an, du fait de la généralisation du congé parental », relève Rachel Silvera, chercheuse au Mage (Marché du travail et genre) du CNRS*.

Le modèle nordique obtient des résultats mitigés. Ainsi, le congé parental n’a pas eu, en Suède, le succès escompté : les hommes ne consomment que 23 % des jours indemnisés à ce titre. En outre, dans presque la moitié des cas, la mère est présente à la maison pendant le congé du père.

Emploi à temps partiel

En revanche, le taux d’emploi des femmes est très élevé : 72 % au Danemark, 70 % en Suède, 66,5 % en Finlande, contre 57,6 % en France. Mais au prix d’un recours important au temps partiel : 40 % des Suédoises et des Danoises, contre 31 % des Françaises, mais 18 % des Finlandaises, selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2008 consacré aux “femmes face au travail à temps partiel”.

A propos des Suédoises, le même rapport note : « La grande majo­rité d’entre elles travaillent à plein temps jusqu’à la naissance du premier enfant puis, en l’absence de structure de garde, prennent un congé parental d’un an minimum et exercent ensuite leur activité à temps partiel. »

L’autre conséquence néfaste du modèle suédois est une forte ségrégation professionnelle. Ainsi, 30 % des mères suédoises travaillent comme personnel soignant ou assimilé, contre 14 % des mères françaises. De même, les trois quarts des mères suédoises travaillent dans le secteur public, contre un peu plus d’un tiers en France, note le même rapport du CESE. Dans le modèle nordique, « tout se passe comme si les mères choisissaient l’équilibre entre leur vie familiale et professionnelle au détriment de leur carrière et de leur salaire », note Rachel Silvera.

Au final, l’écart de salaires moyen entre les femmes et les hommes, inclus les temps pleins et les temps partiels, est de 27 % en Suède, de 25 % en Finlande et de 24 % en France, selon une étude de l’université libre de Bruxelles datant de 2010, consacrée à “l’écart salarial entre les femmes et les hommes dans l’Union européenne”.

* Auteure de “Temps professionnels et familiaux en Europe : de nouvelles configurations”, Travail, genre et société n° 24, novembre 2010.