EN ATTENDANT LE REDÉCOLLAGE DU DÉCOLLETAGE
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« Durant la crise, les entreprises forcées de licencier redoutaient une fuite des compétences en Suisse. Mais le traitement social du chômage a été utile : 74 % des personnes “adhérentes” au contrat de transition professionnelle sont restées dans l’industrie. » Patrick Lucotte, délégué général de la chambre syndicale de la métallurgie de Haute-Savoie, a été le témoin de la crise dont sort la vallée de l’Arve. Ce bassin industriel de plus de 100 km2, de Chamonix à Genève, traditionnelle place forte du décolletage (l’usinage de haute précision), expérimente les CTP depuis juillet 2009.

Sous-traitants de l’automobile

A cette époque, la situation était critique pour la plupart des 700 TPE et PME qui emploient 8 000 personnes. Surtout pour les nombreux sous-traitants de l’automobile. À Pôle emploi, on estime à près de 900 le nombre de ces recalés de l’industrie dans le seul mois de septembre. Mais la chute brutale des carnets de commandes s’est fait sentir bien au-delà : « En dix-huit mois, les demandeurs d’emploi sont passés de 15 000 à 30 000 sur tout le département », se souvient Lucyane Fage, directrice territoriale Haute-Savoie de Pôle emploi.

Mobilisation de 30 agents Pôle emploi

L’opérateur public a mobilisé 30 agents sur le CTP. A ce jour, ils ont accompagné 2 350 adhérents sur un périmètre étendu aux deux tiers du département. « Près de 880 sont venus de l’industrie », précise la directrice territoriale, les autres étant issus du bâtiment, du commerce et de la distribution. « 62 % ne se sont pas réinscrits. Ils ont repris un emploi dans la majorité des cas. »

Les prescriptions de formation ont explosé. Grâce aux partenariats de la région, des réseaux patronaux (dont le syndicat national du décolletage), des Opca (Adefim 74, Agefos PME et Opcalia Rhône-Alpes) et des services de l’État, qui ont appelé partout à « former plutôt que licencier », les bénéficiaires de CTP ont été plus de 800 à recevoir une action pour des compétences techniques en dehors des 1550 prestations de Pôle emploi (bilans de compétences, ateliers de recherche d’emploi…). Des formations acquises grâce aux fonds mutualisés. L’Adefim, par exemple, a reçu de la branche une enveloppe de 5 millions d’euros supplémentaires pour ses financements de formations, sur un budget habituel de 10 millions d’euros.

A l’Adefim 74, Agnès Boichon, la directrice, est convaincue que « l’accompagnement en CTP a été aussi bon que celui d’une cellule de reclassement de grande entreprise ». Elle parle de parcours à la carte, « d’actions courtes aussi bien que de parcours qualifiants dans les domaines linguistiques, techniques ou du management ». Fourchette de ces prises en charges : de 300 à 15000 euros. « 75 % des adhérents CTP se sont perfectionnés dans leur métier d’origine », assure-t-elle.

Reprise d’activité

À Pôle emploi, Lucyane Fage fait la corrélation entre formation et retour à l’emploi : « Les taux de reprise d’activité ont été variables selon que les entreprises d’origine avaient, ou pas, l’habitude de former leurs salariés. » Mais, à la CFDT, Gilles Fongeallaz juge que le dispositif n’a pas permis de protéger les publics les plus exposés : « Les OS et les intérimaires sont restés dans la nature. »

Aujourd’hui, avec le retour de l’activité, les employeurs se montrent moins bien disposés à l’égard de ce type d’accompagnement : « On est revenus à la même situation de recherche de candidats qu’en janvier 2008. Certains s’interrogent sur l’effet dissuasif du CTP sur les efforts individuels de retour à l’emploi », assure Patrick Lucotte. Lucyane Fage n’a pas la même perception des choses : « 72 % des adhérents ont exercé au moins une activité temporaire rémunérée pendant la durée de leur accompagnement (ce que permet le CTP, NDLR), ce qui montre qu’ils ne se satisfont pas du chômage. »