DES ACCOMPAGNEMENTS PARALLELES À CADRER

Les cellules de reclassement restent des mesures incontournables des PSE, y compris dans les entreprises non soumises à l’obligation de proposer un congé de reclassement. « Souvent, cette mesure fait consensus dans les plans sociaux, car elle rassure les salariés », observe Jean-Luc Lancelevée, directeur de l’unité territoriale de la Vienne de la direccte Poitou-Charentes.

Mais comment combiner l’accompagnement effectué par le cabinet avec celui opéré par Pôle emploi ou les consultants à qui il le délègue, en CTP ou en CRP ? L’opération peut s’avérer plus ou moins délicate.

Pressions sur les salariées

Dans le Nord, l’entreprise de confection ECCE, qui a supprimé 41 postes en 2010, l’a vécu : « Nous avions demandé à l’entreprise de financer un accompagnement par le cabinet Algoé, qui a suivi tous les PSE depuis 2002 et a toujours fourni un très bon travail », se souvient Marie-France Paulard, ancienne secrétaire CFDT du CCE, aujourd’hui en CTP. La demande est acceptée, mais l’expérience tourne court : « J’ai conseillé à toutes les salariées de prendre le CTP pour bénéficier de la prise en charge financière, explique Gilda Richard, manager chez Algoé Consultants. Mais elles ont fait l’objet de pressions, on leur demandait de ne plus nous rencontrer sous peine d’être radiées. La direction du travail m’a prié de ne pas “polluer” le travail des consultants qui travaillaient en sous-traitance de Pôle emploi dans le cadre du CTP. » La cellule de reclassement a fini par être abandonnée.

Collaboration avec Pôle emploi

Ce cas, heureusement, n’est pas le plus fréquent. A Évreux, le même cabinet anime l’antenne emploi financée par l’entreprise CIT. « A cause de l’expérience vécue dans le Nord, nous avons bien défini dès le départ les conditions de la collaboration avec Pôle emploi, afin d’éviter les doublons », reprend Gilda Richard. Même écho au cabinet Horea Conseil, qui a accompagné les anciennes d’Aubade, à Saint-Savin (86), jusqu’en janvier 2011. « Toutes ont adhéré à la CRP, mais cela n’a pas posé de problèmes : nous avons effectué l’accompagnement et Pôle emploi est intervenu pour déclencher le cofinancement des formations », explique Véronique Caillaud, la directrice, pour qui « deux accompagnements valent mieux qu’un ». À voir, car cela peut aussi entraîner des effets de compétition entre les cabinets, en particulier lorsque Pôle emploi délègue l’accompagnement à des opérateurs privés : les consultants étant, pour partie, rémunérés au résultat, qui peut se prévaloir du reclassement ? Aussi, « nous essayons de dissuader les entreprises de monter des cellules d’accompagnement et de les convaincre de mettre ces moyens dans les aides à la for­mation », poursuit Jean-Luc ­Lancelevée. Ces aides étant ainsi mobilisées par les équipes du CTP.

Cofinancement par l’État

Lorsque l’État est sollicité pour cofinancer ces cellules dans le cadre de conventions FNE, il y regarde à deux fois. Sur les bassins d’emploi du CTP (financé par l’État), « la pratique veut que les Direccte ne financent plus les antennes-emploi ». Quelle sera la politique adoptée lorsque le contrat de sécurisation professionnelle sera sur les rails ? Au ministère, on reconnaît que la question se pose. D’autant que, début 2010, le Cese a pointé les faibles résultats des cellules conventionnées (60 % de reclassements, dont la moitié de CDI).

Toutefois, pour les syndicats, celles-ci présentent l’avantage de responsabiliser l’employeur dans le suivi des salariés, de contrôler au plus près le travail des consultants et de maintenir le lien entre, et avec, les salariés. Des points non négligeables pour Marie-France Paulard, qui estime qu’avec le seul accompagnement en CTP, « l’accompagnement n’est pas du sur-mesure et les filles se sont senties à l’abandon ».