Pilotes et hôtesses toujours divisés sur la réforme de leur retraite

La menace d’un conflit social dans les transports aériens brandie tour à tour par le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), puis par l’intersyndicale des hôtesses et stewards (CFTC, CFDT, FO SNPNC, CGT, Ugict-CGT, SUD, Unac et Unsa) a fait “pschitt”. Le premier a levé son préavis de grève le 17 février. La seconde – qui dit représenter aussi les pilotes les moins rémunérés – a levé le sien le 2 mars.

Désaccord syndical

Le cabinet de Xavier Bertrand aura réussi à stopper une grogne exprimée en pleins congés d’hiver. Cependant, le désaccord syndical reste intact. Il porte sur la réforme des retraites complémentaires gérées par la Caisse de retraite du personnel navigant (CRPN), âprement discutée depuis 2003. Mais l’adoption, sous la pression du SNPL, d’un projet en janvier 2010 divise radicalement pilotes et personnels navigants. Et plus d’un an après, les ministères de tutelle (Travail et Transports) n’ont toujours pas signé le décret d’application.

Equilibre des comptes

Les pilotes du SNPL (en majorité des personnels d’Air France, qui ont élu le 3 mars leurs représentants DP et CE) demandent au gouvernement d’avaliser le projet de la CRPN. Pour maintenir l’équilibre des comptes, le bureau de la caisse a tout d’abord acté une modification de l’âge de départ à la retraite, sachant que le secteur aérien compte actuellement 31 000 cotisants pour 16 000 pensionnés.

En 2008, la CRPN a versé 458 millions d’euros de prestations, tandis qu’elle n’a collecté que 407 millions d’euros. L’ancien système autorisait à liquider ses droits à taux plein les 50 ans révolus et dès vingt-cinq ans de carrière. Le nouveau projet fait reculer de deux ans en moyenne l’âge du départ. Les pilotes de ligne n’y trouvent rien à redire, sachant qu’ils font généralement valoir leurs droits au-delà de 60 ans révolus, contre 55 ans pour les autres personnels navigants. La progressivité des cotisations est aussi modifiée (+ 1 % chaque année durant quinze ans). Enfin, un taux unique de prestations est instauré, avec l’abandon du système qui réduisait le taux de pension au-delà d’une rémunération annuelle de 123 732 euros.

Pour l’intersyndicale des personnels navigants, le gouvernement hésite à valider un nouveau système qui profite surtout aux pilotes d’Air France, qui ont les plus longues carrières – certains ayant cotisé dès leur formation – et qui sont les mieux rémunérés (avec en moyenne 16 200 euros mensuels en 2009). « Leur pension serait améliorée de 15 % à plus de 25 % », affirme Franck Mikula, administrateur Unac (CGC) de la CRPN. De plus, la pérennité du régime serait surtout supportée par les autres personnels navigants. « Car ce que les pilotes de ligne versent ne suffit pas à équilibrer leur retraite », ajoute-t-il. Raymond Besco, de l’Ugict-CGT, confirme : « Historiquement, hôtesses et stewards ont toujours plus cotisé qu’ils n’ont perçu de prestations. »

« Notre objectif est de préserver l’équilibre du régime, rétorque Philippe Vivier, administrateur SNPL de la CRPN, sachant que la caisse, qui est déficitaire depuis 1993, dépend d’un petit nombre de cotisants et que ses ressources proviennent à 80 % d’Air France. Mais durcir cotisations et conditions de liquidation des droits permettra aussi d’augmenter le niveau des pensions pour tous. » La situation financière de la CRPN n’est néanmoins pas alarmante. Elle dispose d’une réserve de 4 milliards d’euros – dont les produits épongent les déficits. Selon ses actuaires, la CRPN pourrait verser les pensions durant 6,25 années d’affilée, sans encaisser le moindre euro.

Arbitrage attendu du ministère du Travail

Le SNPL s’attend néanmoins à voir le gouvernement trancher sur cette réforme dès 2012. Pour Raymond Besco : « Les dispositions avalisées fin 2009 par le conseil d’administration de la caisse, à une très courte majorité, sont à revoir. » Si Franck Mikula juge normal que le SNPL défende avant tout les pilotes, il s’attendait à plus d’équité de la part du principal employeur français : « Air France cherche manifestement à faire supporter, par les cotisations de tous les salariés navigants du secteur, une amélioration du sort de ses pilotes, par un salaire différé que la compagnie n’a plus les moyens de leur offrir », commente-t-il. Pour Philippe Vivier, ce ne serait que justice : « Il est anormal de faire supporter aux pilotes des contributions qu’ils ne retrouvent jamais, en définitive, dans les mêmes proportions que les autres. » Leur sort dépendra néanmoins du ministère du Travail, qui devra arbitrer entre un système solidaire ou de type plus assurantiel.