Tolérance zéro sur les chantiers
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Zéro tolérance face à la consommation d’alcool et de stupéfiants : dans la lutte contre les risques d’accidents du travail sur les chantiers, le message de Bouygues Construction est clair. « Nous avons eu malheureusement quelques cas d’accidents dramatiques liés à l’alcool et à la drogue. C’est la raison pour laquelle nous avons modifié notre règlement intérieur, qui proscrit la consommation de ces substances sur les chantiers », explique Philippe Signe, DRH France et Europe de Bouygues Construction.

Dans le cadre du règlement intérieur, le constructeur a pris la décision en 2009 – en concertation avec les syndicats et la médecine du travail – d’utiliser des tests salivaires pour les personnels de chantiers afin de détecter la présence de cannabis, « si la personne a un comportement anormal en situation de travail la mettant en danger », précise Philippe Signe. Il est stipulé que le salarié ne peut refuser le test, réalisé en présence d’un autre collaborateur, mais peut demander une contre-expertise médicale, conformément aux directives de la Direction générale du travail.

En cas de contrôle positif, Bouygues prévoit le « retrait immédiat » du salarié du chantier, un entretien obligatoire avec les RH et la prise en charge par la médecine du travail (dans un délai de 48 heures), qui se prononce sur l’aptitude ou non du salarié à reprendre son travail. « Au début, les médecins du travail ont eu des réticences à endosser ce rôle, ils y voyaient le moyen de nous séparer de nos collaborateurs. Lorsque nous leur avons prouvé qu’ils joueraient bien un rôle d’accompagnement, ils ont été rassurés sur nos intentions », précise le DRH.

Les syndicats, eux, ne sont pas du même avis : « Nous ne nous opposons pas au recours à des tests salivaires, même si leur efficacité est contestable, puisque le test peut se révéler positif à assez long terme, alors que le salarié a fumé du cannabis chez lui pendant un week-end. Nous aurions préféré qu’ils soient systématiques et menés en présence d’élus du personnel, plutôt que d’en faire une mesure potentiellement discriminatoire. Car sur quels critères la hiérarchie décidera-t-elle de faire contrôler telle ou telle personne ? Comment décidera-t-elle que son comportement est anormal ? » s’interroge Roland Brun, élu CGT et secrétaire du CHSCT chez Colas Midi-Méditerranée, filiale du groupe Bouygues.

Des « relais addiction »

La direction de Bouygues rétorque que la répression n’est pas son objectif principal, mais bien la prévention. Son programme comporte un volet prévention, élaboré avec l’Anpaa (Association de prévention en alcoologie et en addictologie). Cinquante personnes volontaires (membres des services RH ou des services de sécurité santé) ont été formées aux problématiques d’addiction à la drogue et à l’alcool. Estampillés « relais addiction », « leur rôle est d’écouter et d’orienter les salariés qui ont un problème avec la drogue et l’alcool vers la médecine du travail ou les réseaux d’accompagnement », explique Sandrine Brissart, DRH adjointe de Bouygues Construction. En cas de cure de désintoxication par exemple, la DRH et le supérieur hiérarchique s’engagent à trouver des solutions individualisées pour envisager les conditions du retour du salarié, dans une nouvelle équipe au besoin, afin de tourner la page.

80 salariés concernés

Au-delà des campagnes d’affichage sur les chantiers, 8 000 salariés du groupe ont été informés des nouvelles dispositions du règlement intérieur et des mesures de prévention contre l’addictologie lors d’une journée d’information obligatoire sur la sécurité au travail, cette information figurant aussi dans les conventions internes du groupe et dans le prgramme d’intégration des nouveaux salariés.

Reste qu’à défaut d’état des lieux approfondi, il est difficile d’évaluer l’efficacité du dispositif. Selon la direction des RH, depuis septembre 2009, 30 salariés auraient spontanément manifesté le souhait de rencontrer la médecine du travail pour évoquer leur problème d’addiction. Une cinquantaine d’autres ont néanmoins dû être retirés d’un chantier pour des conduites à risques dues à l’alcool ou aux stupéfiants. Selon la gravité des cas, le salarié peut alors être orienté vers un réseau d’aide, reprendre son travail, mais aussi être mis à pied ou purement licencié s’il y a récidive.

BOUYGUES CONSTRUCTION

• Activité : construction.

• Effectifs : 25 000 salariés.

• Chiffre d’affaires : 9,5 milliards d’euros en 2009.