TRAVAIL, LES RAISONS DE LA COLÈRE
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Vincent de Gaulejac, Le Seuil, 330 pages, 21 euros.

On a beaucoup glosé sur l’intensification du travail, la montée du stress et des risques psychosociaux, les suicidés du travail. Au-delà du sensationnel, il importe surtout de comprendre ce qui fait que le monde du travail est devenu potentiellement destructeur, non seulement pour quelques salariés en surchauffe, mais pour l’ensemble des travailleurs.

Malgré la réduction des pénibilités physiques et en dépit d’un discours sur la réalisation de soi dans et par le travail, il semble bien aujourd’hui que le harcèlement moral par le travail soit partout, dans la mesure où il est au fondement même d’un management qui ne vise que le profit et qui considère les hommes comme une simple ressource à exploiter au mieux. Le travail étant un phénomène total qui implique les individus d’un point de vue économique, social et identitaire, ce malaise croissant doit être considéré comme un symptôme impliquant la société dans son ensemble.

En effet, l’idéologie gestionnaire a maintenant contaminé toute la société, secteur public compris. La colère gronde chez les salariés confrontés à des restructurations et à des réorganisations permanentes, aussi violentes que souvent injustifiées. Passé le temps de la “lutte des places”, qui mettait les salariés en concurrence les uns avec les autres, le malaise au travail pourrait bien déboucher sur un nouvel avatar de la lutte des classes.

Auteur

Vincent de Gaulejac est directeur du Laboratoire de changement social à l’université Paris-7-Diderot.