Le plan risques ne convainc pas les syndicats de Rhodia

Le 27 janvier 2010, les cinq syndicats représentatifs de Rhodia France, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, la CGT et FO, signent en chœur l’accord de méthode sur les risques psychosociaux proposé par la direction. Un an plus tard, seule la CFDT 31 % des salariés) accorde son blanc-seing au “plan d’action n° 1” sur le sujet.

Démarche globale et systématique

Début 2010, tout s’annoncait pourtant sous les meilleurs auspices : alors que le plan Darcos oblige les entreprises de plus de 1 000 salariés à ouvrir des négociations sur le stress, chez Rhodia France (4 650 salariés), Jean-Christophe Sciberras, DRH, vise « une démarche globale et systématique », avec pour objectifs l’évaluation et l’analyse de ces risques, avant la construction d’un plan d’actions correctrices.

L’instance hygiène sécurité environnement (HSE) du groupe en France, qui porte la réflexion, est bien reconnue par les représentants syndicaux : « C’est une entité maison, où l’on travaille de manière solidaire », explique Pierre Chavand, représentant la CFE-CGC dans l’instance. « Pour étudier les RPS, on y a même renforcé la présence syndicale », complète Nicolas Lyons, son homologue à la CFDT.

L’instance HSE se réunit quatre fois courant 2010, dans le cadre de l’accord de méthode. Elle accueille Philippe Douillet, référent national pour les risques psychosociaux à l’Anact et, en interne, le coordinateur des médecins du travail, une infirmière psychologue et des assistantes sociales, souvent premiers témoins de souffrances au travail. « C’est la première fois que nous les entendions à ce niveau-là », apprécie Pierre Chavand. « Cela nous a d’ailleurs permis de constater qu’il n’y en avait pas dans tous les sites », ajoute Christian Dimanche, représentant CGT dans l’instance.

Jean-Christophe Sciberras relève encore que le groupe s’est penché sur les rapports 2009 des médecins du travail ou sur des indicateurs comme le turn-over et l’absentéisme : « Notre centre de recherche du groupe à Lyon nous a aussi présenté une enquête sur le stress réalisée en 2008. Il y a eu un débat pour savoir si nous faisions réaliser une enquête globale auprès des salariés par un prestataire extérieur. Mais les partenaires sociaux n’ont pas jugé cette enquête prioritaire. » Noël Michel, membre CGT de l’instance HSE, estime cependant « important de faire réaliser de vrais audits par un organisme spécialisé ».

Cahier de convergence non approuvé

Fin 2010, la direction présente un « cahier de convergence » que les partenaires sociaux n’approuvent pas. « Le texte ne reflète pas ce qu’on a dit en réunion », note Michel Zuccolloto, membre de l’instance HSE pour la CFTC. Le travail « n’accouche que d’une maigre souris », regrettent les cinq syndicats dans une lettre commune.

En février 2011, lorsque la direction propose « le plan d’actions n° 1 sur la prévention des risques psychosociaux », une version amendée du cahier, seule la CFDT signe. « C’est un premier pas, analyse Nicolas Lyons, qui traduit notamment la volonté d’outiller les acteurs de l’entreprise. » A partir d’avril, selon le DRH, 400 managers devraient ainsi suivre une sensibilisation aux RPS. Mais en dehors de ces formations et du renforcement des équipes d’assistantes sociales, les syndicats trouvent insuffisantes les autres mesures du plan.

Ainsi, Noël Michel regrette que « l’observatoire local de RPS qui doit être créé soit piloté par les RH et non par le secrétaire du CHSCT, gage d’indépendance ». Les indicateurs d’alerte définis par le plan* « renseignent sur les résultats, constate Pierre Chavand, mais pas sur les risques ou les moyens ». Quant à l’enquête sur les pratiques, qui doit être menée en 2011 dans tous les sites par une infirmière psychologue, Noël Michel s’interroge : « Lui donnera-t-on les moyens, notamment le temps, de travailler ? » Enfin, les syndicats auraient aimé être associés à la rédaction du questionnaire qui doit être diffusé par les médecins du travail. « Il sera rédigé par les praticiens et présenté à l’instance en avril », assure le DRH, dont la priorité est « de mettre en place un premier lot d’actions rapides et simples ».

Pour un plan plus ambitieux

Si cet « accord à durée limitée » a provoqué une certaine déception chez les partenaires sociaux, tous se disent prêts en 2011 à « poursuivre le travail ». Les réu-nions de l’instance HSE sur les risques psychosociaux devraient reprendre ce printemps « pour aboutir, d’ici à un an, à un plan plus ambitieux sur les risques psychosociaux », promet Jean-Christophe Sciberras. Nicolas Lyons espère cette fois « un accord à durée indéterminée ».

* Absentéisme, turn-over, mobilités individuelles internes et externes à l’établissement, nombre de premiers soins infirmiers totaux, etc.