Des augmentations différenciées par tranche de salaire
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C’est une première pour le géant bancaire mondial. L’accord salarial 2011 prévoit un taux d’augmentation collective non plus uniforme mais en fonction du niveau de revenus. La mesure concerne 95 % des 41 000 salariés du groupe en France. Les quelque 8 000 collaborateurs qui perçoivent un salaire fixe annuel de moins de 30 000 euros brut obtiennent une augmentation pérenne de 500 euros. Pour les 32 000 salariés qui gagnent entre 30 000 et 75 000 euros, son montant est de 450 euros.

Entre le début des NAO, mi-septembre, et la signature de l’accord, le 9 novembre, la direction – qui n’a pas souhaité s’exprimer – s’est rapprochée des revendications syndicales. La DRH proposait initialement une augmentation générale de 0,6 %. La fourchette finale s’établit entre 0,64 % pour les plus hauts salaires et plus de 2 % pour les plus bas.

Priorité aux salaires les plus modestes

A l’origine, l’entreprise avançait un salaire maximal annuel de 45 000 euros pour bénéficier des augmentations, plafond qu’elle a finalement relevé à 75000 euros. Selon les termes de l’accord, « les parties ont souhaité prioriser les salaires les plus modestes et intermédiaires ».

Augmentations pérennes

Dans un contexte où les bénéfices de la banque devraient de nouveau exploser cette année, les syndicats FO et CFDT saluent la philosophie du dispositif, en rupture avec la politique précédente. « Cela va dans le sens de la réduction des inégalités », déclare Jean-Claude Ristorcelli, délégué syndical national (DSN) CFDT. Même jugement chez FO, satisfait d’avoir signé un texte qui « privilégie les augmentations pérennes et non pas l’octroi de primes aléatoires. Nous avons obtenu un coup de pouce, même symbolique, pour les bas et les moyens salaires, catégories dans lesquelles se situent beaucoup de femmes et de seniors », se félicite le DSN, Christian Habold.

Syndicat national de la banque et du crédit, le SNB-CFE-CGC, majoritaire dans l’entreprise, adopte une position plus critique. Ce système de segmentation des salaires est-il « de la poudre aux yeux »? C’est du moins l’opinion de Roland Roberdeau, DSN de l’organisation non signataire de l’accord, au même titre que la CGT : « La question du pouvoir d’achat concerne tout le monde et nous négocions pour l’ensemble des salariés. Nous n’avons donc pas signé cet accord, car on ne peut pas exclure ainsi une partie importante du personnel. »

Pour la CFDT, les salariés écartés – 5 % de la population globale – s’y retrouvent largement par ailleurs grâce à des bonus conséquents : « Leurs contreparties sont beaucoup plus importantes que l’augmentation consentie. On ne peut pas pleurer sur leur sort ! », estime Jean-Claude Ristorcelli.

Les syndicats regrettent en revanche à l’unanimité la modicité des hausses de salaires : « Les montants sont trop faibles, déplore Roland Roberdeau. Ils sont inférieurs à ceux de l’an dernier. » De fait, l’enveloppe consacrée aux augmentations collectives s’élève à 36 millions d’euros contre 120 en 2009.

Déception sur le plan quantitatif

FO partage la même déception sur le plan quantitatif : « L’écart d’augmentation entre les deux tranches n’est que de 50 euros, souligne Christian Habold. Nous aurions souhaité une différence plus importante entre les augmentations et davantage de niveaux. De grandes disparités perdurent dans nos structures de salaires. Des employés du back office avec trente ans d’ancienneté touchent encore 1 300 euros net. »

L’année dernière, sur fond de polémique suscitée par l’annonce d’une provision d’un milliard d’euros pour ses traders, l’employeur avait accordé une prime générale de 1 200 euros et une augmentation pérenne de 1 %.

Fixe minimal pour les seniors

Parmi les autres mesures durables de l’accord salarial 2011 figure la création d’un salaire annuel fixe minimal de 34620 euros pour les cadres de 50 ans et plus, qui concernera l’année prochaine environ 500 personnes. « C’est très important pour les seniors qui, après avoir accédé au premier niveau cadre, n’ont plus d’évolution possible », commente Christian Habold. Par ailleurs, la grille des augmentations individuelles a été également revalorisée de 10 %.

De leur côté, les salariés d’Ile-de-France résidant hors de Paris bénéficieront d’une prime annuelle de 240 euros pour pallier les contraintes de transport dans cette région. Autant de mesures qui, avec les augmentations segmentées, vont dans le bon sens, selon les organisations syndicales signataires. Lesquelles comptent bien renouveler et transformer l’essai lors des futures NAO.

BNP PARIBAS

• Activité : banque.

• Effectif : 205 000 salariés dans le monde.

• Chiffre d’affaires 2009 : 40,2 milliards d’euros.