LE DESTIN DES GENERATIONS
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Louis Chauvel, PUF, 450 pages, 19 euros.

En 1975, les salariés de 50 ans gagnaient en moyenne 15 % de plus que ceux âgés de 30 ans, les classes d’âge adultes vivant alors à peu près sur un pied d’égalité. En 2000, l’écart est passé à 40 %. Le salaire relatif des différentes classes d’âge par rapport à la moyenne nationale met en évidence un retournement profond. Les trentenaires voient d’abord décliner leur niveau relatif, puis les quadras et enfin, à partir des années 2000, les jeunes quinquagénaires.

On ne peut cependant pas dire que l’ancienneté dans l’entreprise est moins profitable aux travailleurs, puisque tous ne sont pas logés à la même enseigne. En revanche, il est clair que les plus jeunes ont souvent accepté des salaires de départ moins avantageux que ceux de leurs aînés, en échange de promesses de progression qui n’ont pas toujours été tenues et ce malgré une augmentation du niveau des qualifications. Ces clivages remettent en cause la notion même de solidarité intergénérationnelle. L’auteur imagine la formation d’un « mouvement de génération », qui ferait entendre les revendications légitimes des cohortes défavorisées vis-à-vis des nanties. Pour lui, le déclassement de nos nouvelles générations signifie à terme notre dépassement collectif par d’autres sociétés. Louis Chauvel poursuit son analyse sur les fractures générationnelles avec la réédition complétée jusqu’aux années 2010 d’un ouvrage magistral, qui se lit presque comme un roman tant les enjeux dont il est ici question concernent le quotidien de chacun.

Auteur

Louis Chauvel est professeur à Sciences Po Paris et chercheur à l’Observatoire sociologique du changement et à l’OFCE.