Patience et longueur de temps
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Deux ans et demi après l’accord sur l’augmentation du temps de travail, qui en constituait le préalable imposé, la production du nouveau scooter de Peugeot démarrera bien en France, au début de l’année de prochaine. Ce délai a suscité bien des questions parmi les syndicats signataires, qui avouent s’être demandé s’ils n’avaient pas été « menés en bateau » et si les efforts préalables des salariés serviraient un jour à quelque chose.

Départs volontaires

Les modalités précises du projet industriel ne dissipent pas leurs états d’âme. Oui, le nouveau scooter Citystar sera bien fabriqué dans les deux sites français, Mandeure (Doubs) et Dannemarie (Haut-Rhin), mais ils n’en auront pas l’exclusivité : l’une des trois versions échoit au joint-venture en Chine. De plus, le lancement s’opère avec 250 salariés de moins qu’en 2008. Si l’accord comportait un engagement explicite de maintien de l’activité, il n’a pas empêché la diminution de l’emploi, avec un plan de départs volontaires annoncé dès l’automne, quelques semaines après la signature du texte et la négociation d’une GPEC en parallèle.

Chacun interprète le scénario de façon à retomber sur ses pieds par rapport à sa position sur l’accord de 2008. Avenant à l’accord Aubry, il remonte le temps de travail des ateliers à 35 heures contre 30 à 32 heures et réduit de moitié les jours de RTT. « Il supprime un système de comptage obsolète pour nous aligner sur les standards de la branche automobile », commente le DRH Edouard de Martène.

Signataire, la CFE-CGC retient que la « grande majorité des volumes » du nouveau scooter revient à la France. « Nos usines ne sont pas lésées, les nouveaux lancements vont leur apporter de la charge de travail. Signer n’a pas été facile, mais si nous ne l’avions pas fait, je ne sais pas où en serait l’entreprise aujourd’hui », relate son délégué Guy Barbier.

Lecture diamétralement opposée dans le camp du non, formé par la CGT et la CFDT. Elles voient dans le plan de départs un PSE déguisé. « Il fallait confier l’ensemble de la gamme aux usines françaises. La production en Chine, l’entreprise n’hésitera pas à l’écouler en Europe si une demande s’exprime. Les volumes liés aux nouveaux lancements sont faibles, nous restons inquiets pour l’avenir. D’autres promesses de l’accord n’ont pas été tenues : alignement de la rémunération sur le reste du groupe PSA, révision de la classification, nouvelle répartition des sièges au CCE », selon Cyrille Luquet, délégué central CFDT.

Pour la direction, le texte de 2008 est respecté à la lettre. Son volet industriel stipule le lancement en France du Citystar dans une version haut de gamme, ce qui sera le cas début 2011. « Cette version était initialement la seule. Mais comme nous en avons l’habitude, nous avons travaillé à l’enrichissement de la gamme. D’où, par la suite, la décision de lancer une autre version en Chine », relate le directeur général Pierre-Louis Colin. L’entreprise justifie la réduction des effectifs par la crise et souligne que le délai entre l’accord social et le lancement industriel est incompressible : « Un nouveau modèle requiert un temps de développement de deux ans. Il n’y a là aucune anomalie », indique le DG.

Reprise du dialogue

Consensus sur un point : le dialogue social a été renoué, alors qu’il atteignait son point bas au moment de la renégociation du temps de travail. L’accord a en effet créé le comité paritaire stratégique, qui informe une fois par an les syndicats des projets industriels. Si l’accord a mis si longtemps à déboucher sur sa contrepartie, c’est aussi en raison du temps qu’il a fallu passer à renouer les fils de ce dialogue, estime Karine Buecher, déléguée centrale CFTC.

PEUGEOT SCOOTERS

• Activité : construction de deux-roues.

• Effectifs : 750 salariés à Mandeure et Dannemarie.

• Chiffre d’affaires : NC.