Des salariés encore trop peu encouragés
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Grande vedette de la réforme de 2003, l’épargne retraite a d’abord brillé par son absence dans le projet de loi de 2010 portant réforme des retraites. Du fait de la crise économique ayant mis en évidence l’instabilité des placements financiers ? Ou volonté affichée de la majorité de montrer son attachement au système par répartition ? Les mesures relatives à l’épargne salariale qui s’attachent essentiellement à développer la couverture des salariés auront donc finalement fait leur entrée en catimini au cours des débats parlementaires.

Alimentation du Perco

L’amendement, qui prévoit que 50 % de la participation versée par l’employeur alimentera le Perco, sauf demande express du salarié, précise que la mesure permettrait, sans qu’il en coûte à l’Etat ou aux entreprises, de « multiplier par quatre les flux versés annuellement sur un Perco et de toucher les 5 millions de salariés qui bénéficient chaque année de la participation ».

Encore marginal

Selon une étude de la Drees*, en dépit d’une montée en charge progressive depuis 2004, les dispositifs d’épargne retraite restent en effet « marginaux ». En 2008, ils ne représentaient que 5,3 % du montant total des cotisations aux régimes obligatoires, tandis qu’ils ne versaient pas plus de 2,5 % des prestations servies par les régimes par répartition. Le seul Perco n’avait séduit que 557 000 personnes sur les 2,5 millions de salariés couverts à la fin de l’année 2009.

Publié en juin dernier, un sondage d’Amundi-TNS Sofres révèle cependant que, méfiants à l’égard du régime de retraite par répartition, 73 % des jeunes salariés âgés de 25 à 34 ans se déclaraient prêts, pourvu que leur employeur le propose, à souscrire à cette solution perçue comme « avantageuse et attirante ». Vraisemblablement bien disposés à répondre à cette attente - 70 % des DRH interrogés par Towers Watson envisageaient, suite à la réforme, de développer ce type de dispositifs et principalement les Perco (un tiers des cas) et les régimes de retraite à cotisations définies (un tiers des cas) -, les employeurs seront-ils dès à présent prêts à abonder de manière importante ces dispositifs ? « Rien n’est moins sûr, souligne François Cheynet, consultant senior retraite chez Towers Watson. Nous restons globalement dans une logique de limitation des coûts et des charges de personnel. La réforme va inciter, voire obliger, les entreprises à une remise à plat de leur système d’épargne retraite, mais rares sont aujourd’hui nos clients qui envisagent d’y consacrer un budget supérieur à celui des années précédentes. »

Pas de politiques incitatives

Une enquête réalisée par le cabinet Adding en octobre révèle également que les entreprises n’ont pas encore mis en place de politiques réellement incitatives en matière d’épargne retraite : « Nos clients consacrent généralement un même budget d’abondement en euros à leur PEE et à leur Perco, souligne Benoît Meyer. En revanche, en termes de pourcentage d’abondement, les salariés qui effectuent des versements sur leur PEE sont largement favorisés par rapport à ceux qui privilégient le Perco. Regrettons que ceux qui font aujourd’hui l’effort de déposer des sommes bloquées jusqu’à leur retraite ne soient pas mieux encouragés. »

* Etudes et résultats n° 722, Les retraités et les retraites en 2008.