Des allocataires du RSA mettent un pied dans l’entreprise

Tout a commencé lors d’un petit déjeuner organisé à la fin de l’année 2008 au sein du Club Horizons composé, depuis 2003, d’une centaine de chefs d’entreprise et de cadres dirigeants du privé et du public réfléchissant à des projets citoyens. Idée alors évoquée : la mise en relation de salariés et de bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA). Restait à trouver le bon format. Le cabinet d’audit Pricewaterhousecoopers s’est alors proposé, en juin 2009, pour tester le projet. Baptisé 100 000 Rencontres solidaires, il est aujourd’hui sur les rails.

Limité, pour l’heure, à la région parisienne, il se déroule en deux temps. « L’équipe organisatrice sélectionne, en amont, les bénéficiaires du RSA auprès des conseils généraux et des agences de Pôle emploi, résume Béatrice Viannay-Galvani, déléguée générale du Club Horizons, qui tient à préciser qu’il ne s’agit pas d’un programme de réinsertion mais d’insertion. Selon leur profil, elle les oriente vers l’une des entreprises partenaires – une petite dizaine – qui les accueillent quelques heures. Répartis en petits groupes avec des salariés volontaires, ils travaillent leur candidature et leur projet professionnel. Les personnes retenues sont véritablement motivées et engagées dans une démarche d’emploi. »

Un dispositif facile à mettre en œuvre

Le jour J, 100 % des invités doivent en effet être présents. C’était le cas le 8 juin dernier, au Transport du Val d’Oise (TVO), filiale de Veolia Transport déjà impliquée dans des opérations de parrainage de chômeurs de longue durée. Neuf allocataires résidant à Argenteuil et dans les communes limitrophes ont échangé avec 11 salariés du siège, collaborateur des ressources humaines, directeur, conducteur, agent d’accueil… « Ils les ont aidés à retravailler leur CV, à valoriser leur parcours », explique David Colon, président de TVO.

Même feed-back productif à HSBC, engagée dans le dispositif depuis qu’un des collaborateurs de la banque, investi dans le Club Horizons, a présenté le dispositif en début d’année. D’emblée, il a intéressé : « Facile à mettre en œuvre car déployé sur le lieu de travail, non chronophage, il cadrait aussi avec notre politique de mécénat qui ne vise à soutenir que les projets dans lesquels les collaborateurs peuvent s’impliquer », précise Marine de Bazelaire, directrice développement durable. Une première expérience a alors été organisée avec une équipe de la banque d’investissement de Paris ; une seconde s’est opérée à l’initiative d’une directrice d’un des centres d’affaires d’entreprises. « Ces rencontres ont permis de faire tomber certains a priori en interne. Les salariés ont pris conscience que n’importe qui pouvait demain se retrouver au RSA », conclut-elle. Et pour cause ! Un des groupes comptait un ex-directeur de la communication d’un groupe industriel éloigné de l’emploi du fait de son âge, et une titulaire d’un bac + 5.

Une action valorisante

« Ces expériences offrent aussi l’opportunité valorisante de devenir ambassadeur de l’entreprise. Venir en aide à de moins chanceux donne du sens », ajoute David Colon. Et du côté des bénéficiaires du RSA, l’apport est aussi probant. Sur les 80 associés à l’opération, 20 % ont retrouvé du travail. « Car il suffisait de peu pour leur mettre le pied à l’étrier et leur redonner confiance », confie Béatrice Viannay-Galvani. Certains ont même été approchés par les services recrutement des entreprises partenaires. « L’objectif n’est pas là, mais tout est envisageable », confie Marine de Bazelaire. TVO, par exemple, est intéressée par deux des profils rencontrés.

L’ambition de 100 000 Rencontres solidaires est aujourd’hui d’étendre le dispositif à tout le territoire en s’appuyant sur les entreprises déjà dans la boucle, invitées à essaimer au sein de leur organisation.