« Sortir du quota zéro en peu de temps »
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« En 2008, Ernst & Young a commencé sa réflexion sur l’insertion des travailleurs handicapés », se souvient Laure Bruère-Dawson, responsable de la mission handicap. Un diagnostic a été réalisé fin 2008 par le cabinet TH Conseil à Lyon, qui met en évidence que l’entreprise est éloignée des objectifs imposés par la loi en matière d’embauche directe, d’achats auprès des Esat (Entreprises et services d’aide par le travail) et de sensibilisation des collaborateurs.

Création d’une mission handicap

L’entreprise décide alors de créer une mission handicap et d’en nommer un responsable le 1er juillet 2009. Puis de signer une convention avec l’Agefiph en mars 2010 pour deux ans. « Nous avons opté pour une convention avec l’Agefiph, afin de bénéficier d’un soutien financier, mais avant tout de leurs conseils et de leur suivi », assure la responsable de la mission handicap.

« Une telle convention ne se signe pourtant pas d’un claquement de doigts !, poursuit Laure Bruère-Dawson. Parfois, les entreprises mettent plus d’un an à préparer leurs dossiers. Pour Ernst & Young, sept mois de travail avec l’Agefiph ont été nécessaires pour analyser les processus internes et en tirer les meilleures pistes d’actions possibles. Ce temps de préparation et d’analyse a un avantage énorme, il permet de rencontrer beaucoup de collaborateurs internes, donc permet au passage de faire un important travail de sensibilisation, ce qui est payant à terme. J’ai pu par ailleurs rencontrer de nombreux prestataires et partenaires potentiels : on s’aperçoit alors que les solutions sont multiples, mais qu’il faut bien les sélectionner. » Ce sont au final 5 conventions qui ont été signées avec l’Agefiph, c’est-à-dire une pour chaque entité du réseau en France (composé de 4 500 collaborateurs).

Communiquer rapidement

Parmi les premières mesures tangibles nées de ces conventions, Ernst & Young a accueilli dans ses locaux 7 travailleurs handicapés, dont 6 provenant de l’association Sotres (Nanterre, 92) qui insère plus particulièrement des personnes atteintes de handicap psychique, et une de l’Association des paralysés de France. Ces personnes ont effectué des travaux administratifs durant des missions de un à plusieurs mois. « Tout s’est bien passé, car nous sommes capables de nous parler dans le quart d’heure ou la demi-heure qui suit l’exposé d’un problème », assure Laure Bruère-Dawson.

Une nouvelle politique d’achats

Un important travail sur les achats auprès des Esat a également été mené. « Une cartographie des achats possibles a été définie, explique-t-elle. Imprimerie, traduction, entretien des locaux, entretien des plantes vertes, restauration : tous les domaines pouvant être adaptés au handicap ont été étudiés et revus. » Et, lors de la signature de la convention, ont été sollicités les Ateliers de Jemmapes, un Esat qui a assuré le cocktail « avec un niveau d’exigence semblable à toutes les entreprises de ce secteur ».

Quels pistes et objectifs pour l’avenir ? Réussir 23 embauches d’ici à deux ans, mettre sur pied des partenariats avec des associations comme Unir 92 et ­Arpejeh (5 salariés sont actuellement en formation à l’accompagnement, lire p. 22), participer à la campagne Handivalides menée par l’association Starting-Block dans une quarantaine d’écoles et universités pour sensibiliser les étudiants…

Autre objectif : entretenir un climat de confiance sur cette question dans l’entreprise pour favoriser la déclaration et la manifestation des travailleurs qui n’informent pas leur employeur de leur handicap. « Ce serait gagnant-gagnant pour ces personnes, qui pourraient être mieux écoutées et aidées, et pour l’entreprise qui pourrait les comptabiliser », analyse Laure Bruère-Dawson, qui constate : « Au moins 15 salariés de Ernst & Young agissent déjà avec moi sur cette question, dont 10 se sont déclarés prêts à tutorer un travailleur handicapé. Les mails de soutien des associés sont nombreux, notamment de ceux des services front, c’est-à-dire en rapport direct, physique, avec la clientèle, c’est le signe d’une maturité en construction. »

Attentif à la politique sociale des fournisseurs

Anecdote : depuis le lancement de sa mission handicap, Ernst & Young a reçu 4 appels d’offres dont un des critères de sélection concernait justement sa politique d’insertion des travailleurs handicapés. « Deux venaient de Pôle emploi et un de l’Agefiph, ce qui n’a rien d’étonnant, analyse la responsable de la mission handicap. Mais le dernier venait d’un client strictement privé n’ayant aucun rapport avec cette question. Nous allons être attentifs à ce que nos fournisseurs prennent également en compte le handicap dans leur politique sociale et RH. »

Ernst & Young n’a pas souhaité donner de chiffres sur son taux d’emploi actuel de travailleurs handicapés ni sur le financement de cette convention.

ERNST & YOUNG

• Activité : audit, conseil, droit et fiscalité, transactions.

• Effectif mondial : 144 000 collaborateurs.

• Chiffre d’affaires 2009 : 21,4 milliards de dollars.

Festival « Dans la boîte ! Emploi & handicap »

→ Le 14 juin, le jury du festival “Dans la boîte ! Emploi & handicap” a récompensé trois entreprises françaises pour leurs films de sensibilisation au handicap. Colas remporte le grand prix, Conforama celui de la communication externe, et Generali le prix de la communication interne. Lancé pour la première fois cette année, ce festival était organisé par Handicap.fr, le Club Hangagés et le Festival national du court métrage Handica-Apicil.

→ Le film de Colas Communiquer en langue des signes illustre le parcours d’un jeune ébéniste sourd et muet de naissance, intégré dans les équipes de Colas Madagascar. Il a inventé une langue des signes qui lui permet de dépasser son handicap pour mieux communiquer avec ses collègues. Le film est visible sur <http://video.handicap.fr/index.php/show_video/358>.

→ Conforama a réalisé une série de 6 films rassemblés sous le slogan Changeons de regard sur le handicap, pour sensibiliser ses 10000 collaborateurs en France. A voir sur <http://video.handicap.fr/index.php/show_video/263>.

→ Enfin, le film de Generali Ça tourne au Pith est en fait une sitcom composée de sept courts métrages « pour tordre le cou aux idées reçues avec justesse et humour ». <http://video.handicap.fr/index.php/show_video/104>