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Chine“L’usine du monde” face aux revendications sociales

Les pratiques | publié le : 29.06.2010 | EMILIE TORGEMEN

Crédit photo

Depuis le début de l’année, dix salariés se sont suicidés dans l’usine Foxconn de Shenzhen, fournisseur des célèbres Iphone ; début juin, une grève sauvage dans une usine Honda à Foshan paralysait la production chinoise de la marque japonaise. Ces événements, qui ont contraint les employeurs à des annonces d’augmentations salariales, parfois sous la menace de leurs grands donneurs d’ordres, braquent les projecteurs sur les conditions de travail dans l’usine du monde, y compris loin des “sweat shop” de l’industrie du jouet ou du textile.

Neuf sociologues ont rédigé un appel « pour résoudre le problème des nouvelles générations de migrants »: « Les ouvriers chinois qui ont tant fait pour le développement du pays en sont devenus les victimes : les salaires sont maintenus très bas pour que la Chine reste compétitive », constate, à Shanghai, le Pr Zhang Dunfu, l’un des signataires.

Déshumanisation

Avec ses rues plantées d’arbres, sa piscine olympique et son centre de relaxation, le site de Foxconn fait figure d’usine idéale. Mais le stress, voire le harcèlement, compose le quotidien des ouvriers. Les employés, souvent très jeunes et venus de provinces lointaines pour travailler dans le riche Guangdong, sont déshumanisés : « Il m’a fallu beaucoup de temps pour connaître des collègues. Sur les chaînes, nous sommes dans des tenues de protection qui ne laissent voir que nos yeux », explique une jeune ouvrière de 19 ans. Toutes les 7 secondes, elle vérifie la qualité d’un nouvel écran tactile, pour 900 yuans par mois, bien trop peu pour vivre à Shenzhen, ce qui l’oblige à multiplier les heures supplémentaires.

Après les remontrances de ses puissants clients – Apple, HP ou Sony, notamment – le Pdg de Foxconn a promis une augmentation de 70 %. Est-ce la fin des bas salaires dans l’usine du monde ? Probablement pas, estime Geoffrey Crothall de l’ONG China labour bulletin, qui dénonce la fausse promesse du Pdg : « Il n’augmente pas le salaire de base, puisque la hausse est conditionnée à un test d’évaluation de trois mois, qui ajoute une pression psychologique sur les salariés. »

De nouvelles revendications

Le gouvernement chinois semble tiraillé : les demandes de meilleurs salaires vont dans le sens du soutien à la consommation intérieure, sa grande priorité, mais il ne faudrait pas que les revendications salariales débordent sur d’autres exigences, que les ouvriers demandent à désigner eux-mêmes leurs représentants au sein du syndicat officiel autorisé, voire à créer des syndicats indépendants. Le pouvoir chinois garde en mémoire l’exemple du Solidarnosc, le syndicat qui a ébranlé la Pologne.

Les affaires Foxconn et Honda ont été largement couvertes. Mais deux autres sous-traitants de la marque japonaise ont aussi connu des débrayages ces dernières semaines, et près de 2 000 ouvriers d’un fournisseur d’une grande marque coréenne se sont mis en grève le 7 juin, dans un silence relatif.

Aujourd’hui, la situation est à la normalisation, les médias ont reçu l’ordre de ne plus publier que les informations fournies par l’agence officielle Chine nouvelle.

Auteur

  • EMILIE TORGEMEN