S'abonner
Se connecter
Menu
Liaisons sociales magazine Entreprise & Carrières
Newsletter

Magazines

Dossier

« L’objectif des entreprises est de rationaliser les couvertures proposées »

Dossier | L’entretien avec | publié le : 29.06.2010 | V. L.

Image

« L’objectif des entreprises est de rationaliser les couvertures proposées »

Crédit photo V. L.

E & C : Comment les entreprises tentent-elles de maîtriser l’inflation de leurs budgets frais de santé ? Avec quels leviers ?

J.-P. A.: Depuis le début des années 1980, le coût des complémentaires santé a été multiplié par trois. Avec le désengagement croissant de la Sécurité sociale et le vieillissement de la population, le coût des mutuelles ne baissera pas. Les entreprises recherchent donc le maintien d’un niveau d’inflation supportable et maîtrisé, mais la baisse des garanties n’est pas dans l’air du temps.

L’objectif est davantage de rationaliser les couvertures proposées. Les leviers à leur disposition sont nombreux mais différents selon les garanties. Ainsi, il est aisé d’agir sur les postes faiblement remboursés par la Sécurité sociale – optique et dentaire – alors que les actes fortement remboursés laissent peu de marge. On parlera donc, selon les garanties, de redistribution, de rationalisation et/ou d’économies.

E & C : Comment s’y prennent-elles pour identifier les économies possibles ?

J.-P. A.: Il faut tout d’abord comprendre l’économie du contrat. Or l’approche des partenaires sociaux repose trop souvent sur des considérations subjectives et irrationnelles. Les entreprises ont donc intérêt à s’appuyer sur des analyses précises fondées sur l’expérience de leur propre contrat : recenser les actes, leurs coûts et les remboursements opérés, identifier les garanties qui ne servent qu’à une minorité ou qui ne nécessitent pas de faire jouer la solidarité. Typiquement, les entreprises ne veulent plus financer des montures optiques de luxe ou des forfaits maternité démesurés.

Les remèdes déployés vont de la médicalisation des risques, comme le remboursement des verres en fonction de la déficience visuelle, à la redéfinition des bénéficiaires couverts, notamment au détriment du conjoint bénéficiant d’une mutuelle par son propre travail, en passant par la restructuration des cotisations ou la réduction de garanties inflationnistes, par exemple les frais réels sur les honoraires chirurgicaux.

Ensuite, il est essentiel de s’appuyer sur un gestionnaire efficace, qui va leur donner les moyens de ne pas être un payeur aveugle, notamment grâce à des services de simulation de remboursements ou de devis préalables.

E & C : Le recours à des plates-formes de santé se développe également…

J.-P. A.: Analyser combien coûte une prestation médicale a réellement du sens. Les assureurs devront mettre en place des solutions de parcours de soins ou proposer le recours à une plate-forme de santé, s’ils veulent conserver l’équilibre des contrats. Dans le cadre des plates-formes de santé, le fait de négocier des verres moins chers bénéficie autant à l’entreprise qu’aux salariés, qui voient leur reste à charge s’amoindrir.

Les plates-formes créent une contrainte dans la mesure où l’assuré doit s’adresser à un professionnel du réseau pour bénéficier du remboursement optimal, mais elles sont réellement pertinentes quand les prises en charge de la Sécurité sociale sont très faibles.

Les plates-formes se développent avec de bons résultats, mais restent confrontées à deux difficultés majeures : la réticence des entreprises à imposer des prestataires de santé et la difficulté de transposer le modèle optique et dentaire à d’autres matières comme l’appareillage auditif, où la demande est en forte croissance et l’offre de service réduite.

Auteur

  • V. L.