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Les frais de santé examinés à la loupe

Dossier | publié le : 29.06.2010 | VIRGINIE LEBLANC

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Les frais de santé examinés à la loupe

Crédit photo VIRGINIE LEBLANC

Accroissement de la taxe sur le chiffre d’affaires des mutuelles et des assureurs lié au financement de la CMU, passage du forfait hospitalier de 16 à 18 euros, prise en charge du vaccin contre la grippe H1N1, portabilité des droits, déremboursement de médicaments : les causes ne manquent pas, selon Julien Plessis, manager du pôle audit des coûts sociaux de LowendalMasaï, conseil opérationnel en optimisation des coûts, pour expliquer l’accroissement des tarifs des complémentaires santé pour les entreprises.

« Dans les années 2002 à 2004, cette inflation était de l’ordre de 6 % à 8 %; ces trois dernières années, la fourchette est située entre 3 % et 4 % et il y a peu de chances qu’en 2010, la hausse soit inférieure à celle des années précédentes… », estime Yves Trupin, associé au cabinet d’actuaires Winter.

En outre, « dans un contexte de crise, les efforts doivent être répartis partout : le budget dédié à la protection sociale est donc de plus en plus regardé comme n’importe quel budget », constate Pascal Broussoux, directeur des assurances de risques (santé-prévoyance) d’AG2R La Mondiale. La participation moyenne des employeurs au coût de la complémentaire santé est de 60 %(1), tandis que celle-ci prend en charge entre 13 % et 14 % des dépenses de santé des salariés.

A coût constant

Pour autant, « les entreprises ont le souci de ne pas toucher aux avantages des salariés et agissent pour améliorer les prestations à coût constant », affirme Julien Plessis. Même constat pour Denis Campana, responsable de l’activité santé-prévoyance de Mercer : « Les entreprises ont un comportement schizophrène, elles veulent à la fois contenir les coûts et ne pas se priver de prestations. »

Certaines arrivent même à réduire la facture : « Nous avons accompagné un établissement bancaire dans la remise à plat des besoins exprimés par les salariés. Suite à un appel d’offres, l’entreprise a vu ses cotisations diminuer de 21 % avec l’amélioration de certaines garanties, mais elle ne consommait pas à hauteur de ses cotisations », rapporte Julien Plessis. Mais dans l’ensemble, la majorité des entreprises ne peut escompter qu’une inflation maîtrisée (lire l’entretien p. 33). « Au début de notre activité, nous étions contactés par des entreprises pour lesquelles il fallait procéder à des redressements de budget de l’ordre de 20 %, aujourd’hui, il s’agit d’optimiser le reste à charge en étant iso coût », remarque Marianne Binst, directrice générale de Santéclair. Cette société spécialisée dans la gestion du risque santé accompagne les complémentaires dans l’amélioration de la prise en charge de leurs assurés à travers divers conseils, réseaux de professionnels partenaires et analyses de devis.

« La qualité du pilotage des comptes est la pièce maîtresse pour maîtriser les équilibres techniques », insiste Marc Garnier, directeur commercial grand compte d’Aprionis. En effet, « l’objectif d’une entreprise est de faire évoluer les tarifs correspondant à un coût réel. D’où l’intérêt d’une démarche pointue et régulière de reporting de suivi des statistiques de sinistralité, des tableaux de bord de consommation et d’analyse de la dispersion des dépenses pour fixer un niveau où la solidarité doit se situer », explique Yves Trupin.

Réaliser un état des lieux

« Il est essentiel de réaliser un état des lieux de la démographie en place, des personnels bénéficiaires, de leur ancienneté, des enfants à charge, de recenser les garanties en place, d’analyser la sinistralité », conseille Ludovic Lacroix, expert du secteur Assurances au sein du cabinet Leyton, cabinet de conseil opérationnel en optimisation des coûts. « Nous structurons la rédaction des garanties et nous veillons à leur évolution dans le temps en fonction par exemple de nouveaux besoins de couverture, de changements dans la structure des bénéficiaires et de leur âge moyen. Ces critères influenceront le pilotage des garanties et des tarifs », confirme Olivier Jonckheere, directeur d’Aon Consulting.

Ensuite, « chaque entreprise apprécie quel sera le bon niveau de garanties, dans les commissions paritaires chargées de suivre l’évolution des régimes », indique Yves Trupin. « Aider les partenaires sociaux à mieux appréhender la matière est essentiel », ajoute Olivier Jonckheere.

Notamment quand il leur faudra tenter de persuader les salariés de la pertinence d’utiliser les plates-formes de santé, un outil de plus en plus proposé par les complémentaires. Leur objectif ? Informer et conseiller les salariés sur le juste prix et les techniques les mieux adaptées à leurs besoins, mais aussi optimiser les dépenses en négociant avec les professionnels de santé.

Abandonner ses habitudes

Pour bénéficier d’un reste à charge minimal, les salariés doivent consulter un professionnel conventionné et donc, par exemple, abandonner leur dentiste habituel. Pas forcément facile à faire passer. Selon le baromètre 2009 du CTIP(2), la contrainte la plus facile à accepter est le recours aux médicaments génériques (64 % des salariés interrogés sont prêts à le faire) et la présentation des devis avant d’engager des dépenses optiques et dentaires (62 %). Pour les autres contreparties, 42 % acceptent de se voir imposer des actions de prévention et seulement 37 % de devoir consulter en priorité des professionnels de santé recommandés par l’organisme assureur.

Marc Salameh, responsable de l’activité conseil en avantages sociaux chez Hewitt France, observe que « dans les appels d’offres, la question des réseaux de soins est souvent posée ». Olivier Tabard, directeur santé de Novalis Taitbout, constate aussi cette tendance : « Nous accompagnons les demandes de nos clients vers des tiers payants étendus ou des réseaux, et nous nous adaptons à leurs souhaits. »

Une chose est sûre, « les remboursements aux frais réels ont tendance à disparaître car ils sont trop coûteux », observe Pascal Broussoux. « La restriction du champ des personnes couvertes est une tendance qui commence à s’accélérer », remarque aussi Michel Charton, directeur santé collectives services et innovation d’Axa. Autrement dit, la mutuelle sera réservée aux salariés et à leurs enfants mais le conjoint devra faire jouer sa propre mutuelle s’il en a une.

Analyse de devis

Pratique courante, l’analyse de devis se décline de différentes manières. Aprionis propose, par exemple, un service de devis préalable, avec deux options possibles : le conseil ou le recours obligatoire. « Les entreprises préfèrent le conseil, la formule contraignante étant plus compliquée à “vendre” socialement », considère Marc Garnier.

« Nous réalisons un contrôle a posteriori sur les factures. En cas d’abus, nous pouvons ne plus accepter le praticien parmi les professionnels partenaires. Une démarche associée à notre tiers payant, Terciane », illustre Pascal Broussoux. Chez Vauban Humanis, qui soumet aussi les devis des opticiens à validation, Jean-François Deserson, directeur commercial et marketing, signale que l’idée de proposer un forfait optique sur deux ans « a réussi à diminuer les consommations de façon spectaculaire ».

Autre mouvement souligné par Michel Charton, le développement des contrats de base collectifs obligatoires, agrémentés d’options facultatives prénégociées par l’entreprise, auxquelles les salariés souscrivent de façon individuelle : « Nous préparons, pour le mois de septembre, une offre identique à destination des TPE, annonce ce responsable. Le chef d’entreprise aura un choix parmi de très nombreuses options. Nous répondons ainsi à un besoin d’individualisation. »

Actes préventifs

Tendance plus récente : la prise en charge d’actes préventifs dans l’objectif de faire des économies à plus long terme. « Les garanties couvriront, par exemple, la prise en charge de soins d’ostéopathie, d’homéopathie, ou les opérations de la myopie », explique Julien Plessis. Signe que la maîtrise des coûts est un mouvement de fond, certaines multinationales demandent un accompagnement pour endiguer des dérives importantes de régimes frais de santé de leurs salariés en local, rapporte Karla Delgado, International benefits consultant chez Aon.

(1) Selon l’Irdes, Institut de recherche et documentation en économie de la santé.

(2) Baromètre réalisé par le Crédoc pour le Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP), juin 2009.

L’essentiel

1 Les entreprises doivent faire face à l’accroissement régulier du coût des complémentaires santé.

2 Pour maîtriser cette inflation, elles auditent de près l’économie de leurs contrats.

3 Analyses de devis, redéfinition des bénéficiaires couverts, réduction de certaines garanties inflationnistes, recours à des plates-formes de santé font partie des leviers d’action.

Auteur

  • VIRGINIE LEBLANC