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Avancées syndicales au pays du hard discount

Enquête | publié le : 15.06.2010 | MARION LEO

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Avancées syndicales au pays du hard discount

Crédit photo MARION LEO

Pour Ver.di, il s’agit d’un combat de longue haleine qui semble peu à peu porter ses fruits. Le syndicat allemand des services a ainsi annoncé le 1er juin 2010 avoir conclu plusieurs accords collectifs avec Schlecker, leader européen de la droguerie. Selon l’accord principal, tous les salariés Schlecker en Allemagne, soit environ 34 000 personnes, seront payés, à compter du 1er juillet prochain, selon les barèmes fixés dans l’accord collectif du commerce de détail du Bade-Wurtemberg, qu’ils travaillent dans les petites surfaces de Schlecker AS ou dans les grands magasins de Schlecker XL GmbH.

Cette nouvelle a fait sensation outre-Rhin, car, en décembre 2009, Ver.di avait révélé que l’entreprise remplaçait systématiquement, depuis début 2009, ses petits magasins par de grandes surfaces de vente au “format XL”, gérées par une nouvelle société “indépendante” : Schlecker XL GmbH.

Accords collectifs

Selon Ver.di, les salariés des magasins fermés se trouvaient placés devant l’alternative de se retrouver au chômage ou d’être réembauchés par l’entreprise d’intérim Meniar, travaillant exclusivement pour Schlecker XL GmbH et versant des salaires inférieurs d’environ 50 % aux barèmes des accords collectifs majoritaires dans le commerce de détail. Devant le tollé provoqué par ces révélations, l’entreprise avait fait machine arrière et annoncé, le 11 janvier 2010, qu’elle n’embaucherait plus à l’avenir de travailleurs intérimaires de Meniar. Les accords collectifs signés le 1er juin entre Schlecker et Ver.di constituent à présent une nouvelle avancée pour le syndicat.

Comités d’entreprises

Mais ces accords ne sont pas les seuls au palmarès de Ver.di. Le 19 février dernier, il a signé un autre accord décisif avec le discounter Netto, numéro 3 du discount allemand derrière Aldi et Lidl. Dans cet accord, le distributeur s’est engagé à s’aligner, pour ses quelque 55 000 salariés outre-Rhin, sur les barèmes des accords collectifs régionaux, négociés par Ver.di.

Par ailleurs, Netto a accepté de garantir, au sein d’un accord collectif, l’élection de comités d’entreprise au printemps 2010 dans l’ensemble de ses filiales. C’est le premier discounter de cette taille à avoir pris un tel engagement.

Autre fait nouveau : Lidl, deuxième discounter après Aldi, a créé la surprise en plaidant le 17 février dernier dans une lettre ouverte publiée dans la presse, en faveur de la mise en place d’un salaire minimum de branche dans le secteur du commerce de détail. Jusqu’alors, l’entreprise Lidl avait surtout fait parler d’elle pour avoir illégalement espionné ses salariés ou empêché à plusieurs reprises des élections de CE dans ses filiales.

Mais, en dépit de ces premiers succès, Ver.di se montre prudent. Car selon Ulrich Dalibor, qui a négocié pour le syndicat l’accord avec Netto, ces nouvelles attitudes témoignent avant tout d’une volonté des discounters d’améliorer leur image de marque, entachée par une série de scandales ces dernières années. Selon lui, le hard discount reste un secteur caractérisé par de mauvaises conditions de travail et une faible présence syndicale. Ainsi, Lidl, en dépit de son effectif (50 000 salariés en Allemagne), ne possède qu’une dizaine de comités d’entreprise. Aldi Sud n’en compte aucun.

Un secteur très peu syndicalisé

Chez Lidl, la situation pourrait évoluer à moyen terme. A la suite d’un accord à l’amiable conclu le 15 avril dernier devant le tribunal du Travail du Land de Bade-Wurtemberg, Ver.di a désormais le droit d’envoyer, deux fois par mois, deux syndicalistes dans les magasins Lidl pour y recruter des membres. L’entretien, d’une durée maximum de 30 minutes, devra avoir lieu dans les espaces de vente. Il devra être annoncé par fax à la direction de la filiale trois jours auparavant. Mais Lidl ne pourra pas imposer la présence d’un cadre lors des discussions entre les syndicalistes et ses salariés.

Auteur

  • MARION LEO